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June 19, 2005

La part du net dans le 29 mai

Posted by amo@emakina.fr

L’importance du fonds a éclipsé la forme et c’est tant mieux, mais il est intéressant de porter un regard du côté du rôle que le net a joué durant la campagne référendaire.
Cette réflexion n’a strictement rien à voir avec le débat lui-même, sur lequel je n’ai pas la prétention de vouloir revenir ni prendre position. Je ne veux ici que constater un changement sociétal dans le comportement politique des citoyens.
On sait combien les blogs ont joué un rôle très important dans la dernière campagne US, et même avant lors des primaires démocrates. Après une apparition timide lors des dernières régionales, le référendum était en effet la première échéance électorale pour la blogosphère française.


En politique, traditionnellement, le débat se passe verticalement. Les partis et organisations engagés délivrent leur parole via les médias classiques et animent des réunions publiques et autres rassemblements. Dans une mécanique démocratique jusque là bien huilée, les organisations représentatives servent à transformer les attentes de leur électorat en propositions d’actions sur les enjeux du moment.
Mais voilà, ce modèle ne tient pas compte du fait que la société de l’information se concrétise et permet aux citoyens de s’exprimer dans le champ médiatique et de débattre en eux à grande échelle, doublant de ce fait tout un système persuadé d’être incontournable.
Avec le net, les citoyens peuvent créer un schéma d’échange horizontal, en investissant ou en créant des sites et bien évidemment des blogs. Quand on a quelque chose à dire, quoi de plus simple ?
Nous avons ainsi vu fleurir pléthore d’initiatives, telle Notreconstitution.net, mais surtout la blogosphère a constitué un théâtre d’opération particulièrement dynamique. Je me demande s’il y a un blog individuel que je fréquente dans lequel l’auteur n’a pas pris position, générant un tsunami de commentaires, dont les miens.
Certains diront que c’est un symptome du passage à Internet II. Sous les réserves que j’ai déjà données, ce n’est pas faux.
Les observateurs s’accordent à dire que le net a dis Non dans une proportion de 2 sites sur 3. Pour ma part, j’ai l’impression d’avoir vu beaucoup de sites pronant de le Oui, mais avec des commentaires majoritairement le fruit de partisans du Non, très engagés par ailleurs.
Quoi de plus normal ? Les porteurs du Non n’ayant pas accès aux circuits verticaux officiels, ils ont fort justement investi le nouveau territoire que constitue le réseau. On a aussi pu noter à quel point celui-ci était à même de créer des effets de levier incroyable en générant des buzz puissants sur des textes ou des citations mis en lumière. Le discours officiel a effectivement eu du mal à contrebattre ces phénomènes.
Beaucoup de gens ont eu l’impression d’un véritable fossé entre le débat officiel et le foisonnement du net pendant cette période. C’est un euphémisme ! Les citoyens ont investi un nouveau territoire de discussion, ils y ont pris goût, ils ont réinvestis la discussion politique. Ils y ont été rejoints par quelques politiques et intellectuels, mais ces pionniers sont trop peu nombreux pour constituer un lien avec la sphère politico-médiatique traditionnelle.
Il est frappant qu’au lendemain du résultat, quelques grands ténors, comme Jack Lang se sont décidés à mettre les pieds sur le net, malheureusement dans des formes étranges, à l’écart des usages du net et de la blogosphère en particulier. Le blog a l’air de les effrayer.
Malgrè le coup de semonce du 29 mai, je ne vois pas de véritable signe que nos élus et intellectuels se soient rendu compte que les citoyens échangeaient politique dans un espace dans lequel ils n’étaient pas présent. Le seul problème pour le système dans lequel nous vivons, c’est que ce n’est pas par lui et en son sein que le citoyen est revenu à la politique.
Il est pourtant sérieusement temps pour les partis et institutions de tenir compte du réseau et de la blogosphère en particulier. Ils peuvent toujours parler de fossé, mais tant qu’ils n’entrent pas eux aussi dans la société de l’information, ils ne risquent pas de se mettre en phase avec la température qui remonte de ce nouvel espace politique.

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