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May 21, 2007

Diggoscopie

Posted by jlg@emakina.fr

Digg
pour ceux qui ne le connaissent pas encore est un outil d’agrégation de
contenus en ligne. Attention, il faut bien définir ici ce que signifie
agrégation : il s’agit de l’accumulation de contenus écrits
spécifiquement pour digg par leurs auteurs. L’intérêt ? Avoir un espace
à la visibilité très importante, partant du principe que les
internautes disent eux-même s’ils apprécient ou non un contenu en lui
apposant une note. Ensuite les contenus les mieux notés et les plus
récent (savant algorithme ma fois…) remontent en premier… On peut
discuter longtemps du principe, du contenu, du fait que certains
s’entendent pour auto-promouvoir leurs contenus au sein d’un même
groupe etc.


Comme tout système basé sur un écosystème il a ses faiblesses que ses utilisateurs se sont empressés d’exploiter : c’est un bon exemple d’usages. Illustration parfaite s’il en est, détaillée par Alexis dans l’un de ses posts sur le blog de groupe Reflect, où, pour résumer, les internautes se sont emparés d’un contenu qui a été interdit (un numéro de série d’un logiciel) pour le répercuter dans leurs contenus et c’est ainsi qu’une information interdite se retrouve dans des milliers de billets aujourd’hui. Le patron de Digg quelque peu surpris par cette réaction a ainsi décidé de ne pas se lancer à la chasse aux sorcières et de couler avec son navire si nécessaire…

A travers cet exemple précis on peut dégager une vision assez précise de ce que l’on appelle le web 2.0, de son aspect viral et communautaire mais aussi ce que Joël De Rosnay appelait dans son livre la “révolution du pronétariat” ou le média des masses.

Il est tout de même assez fabuleux, inquiétant, intriguant, irritant, de voir que le pouvoir d’un outil échappe à son créateur dès lors qu’une certaine masse critique de ses utilisateurs se positionnent contre son avis et le font savoir. Bien sûr, le dit “créateur” conserve le droit d’arrêter son système, mais encore faut-il que les éventuels actionnaires ou autres distributeurs ou publicitaires lui en laisse le pouvoir. Mais là n’est pas la question, où peut donc nous mener ce genre de comportement et d’action sur le web de demain ?

Peut-on imaginer que des décisions à l’échelle politique soient mises en balance par des cyber-citoyens ? Je ne pense pas, et ne souhaite pas ce genre d’impact, c’est un danger pour la démocratie. Par contre l’influence du net sur la politique n’est plus à prouver et il est fort à parier qu’aujourd’hui des cellules de veille sont chargées de scruter et d’analyser la “pensée électronique”, les aspirations de citoyens toujours plus exigents, afin de garder la maîtrise du développement de notre société et de proposer des solutions en phase avec les attentes des électeurs. L’exemple des élections présidentielles qui viennent d’avoir lieu a mis en exergue le pouvoir d’internet, les uns allant jusqu’à créer des permanences sur Second life, d’autres mettant en place des systèmes de consultation citoyenne en ligne etc. Le web est dans la politique et la politique est dans le web.

Du côté du monde de l’entreprise cela signifie aussi qu’aujourd’hui une politique de produit ne peut plus se construire sans le web. La question qu’il faut se poser est en fait assez simple : “dois-je laisser les avis de mes consommateurs se disperser sur le web, au risque de ne plus contrôler l’image de mon produit, ou dois-je proposer des outils pour prendre en compte leurs avis, retours, tests etc. afin d’améliorer mon produit, de collecter des témoignages, bref de maîtriser l’image de mon produit ?”. Il résulte de ce genre de questions et d’analyse, des discussions tout à fait intéressantes avec des entrepreneurs, qui soit prennent pleinement conscience de leur capacité d’action, de réaction et de contrôle d’un outil qu’ils jugeaient précédemment, parfois trop…, parfois pas assez…, mais toujours inadapté, soit se posent des questions pertinentes et font naitre en interne des discussions riches et propre à influencer sensiblement la stratégie de l’entreprise. Dans un cas comme dans l’autre cette réflexion est toujours très bénéfique pour l’entreprise, elle permet à minima une remise en question et au mieux des résultats tangibles grâce au web.
Le cas de DELL qui a mis en ligne un outil “d’écoute”, en l’occurrence, ideastorm, en fait un concentré d’idée, de critiques, de propositions, véritable baromètre des attentes de leurs utilisateurs, qui leur permet aujourd’hui de connaître les besoins des utilisateurs DELL et de positionner commercialement leur offre en fonction de ces critères.
(BRAVO).

Bref, le web aujourd’hui est viral, c’est à dire que les gens s’en servent, qu’ils forment des communautés et des masses décisionnelles importantes et même incontournables. Il est aujourd’hui primordial pour toute société de se préoccuper de son image en ligne, afin, à défaut de contrôler celle-ci, d’au moins réagir en fonction des informations qu’elle peut collecter. La veille stratégique de l’entreprise passe aujourd’hui par une phase d’écoute, de sondage du web qu’il est urgent de mettre en oeuvre sous peine de voir se développer des communautés “anti-marque” ou “contre marque” qui peuvent avoir un impact économique important.

L’exemple de digg est ce que l’on peut appeler un cas d’école de ce qui peut advenir sur le web… et peut-être que cela préfigure d’une nouvelle façon de voir les choses : nous mettons l’internaute au centre, il prend les commandes, dès lors qu’advient-il ? Peut-on continuer à innover en gardant l’internaute au centre, ou celui-ci va t-il de lui même se satelliser pendant une phase de forte innovation avant d’être replacé au centre etc. ? Sommes nous dans une situation d’équilibre du marché en matière d’offre (services) et de demandes (usages) et dès lors dans un cycle vertueux ?
Ces questions trouveront certainement réponse dans les mois à venir et ce qui est en jeu, c’est tout simplement le marché de l’internet, mais aussi l’évolution de la société de l’information.

Il est important de prendre le web pour ce qu’il est : un écosystème, sorte d’écho permanent de l’expression citoyenne, et de bien mesurer les enjeux de l’évolution de la société de l’information.

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