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June 3, 2007

La nature a horreur du vide

Posted by amo@emakina.fr

Dans la (fameuse) interview “au coin du feu” de Steve Jobs et Bill Gates, s’il y a un point qui a attiré mon attention, c’est un discours commun des deux que sortir du navigateur permet d’énormes bénéfices pour l’utilisateur. Steve Jobs nous fait notamment saliver sur l’étonnement des équipes de Google devant l’intégration de GoogleMaps dans l’iPhone. Ils indiquent, également de concert, qu’il y a un grand dynamisme sur les services en ligne et que c’est super, mais je trouve que cela acte aussi un désintérêt commun pour ce qui se passe dans la navigateur, au profit de nouveaux environnements à l’écosystème technologique plus maîtrisés, dirai-je… Bref, tout ça me conforte dans l’idée que Surface n’est pas qu’un gadget.


S’il est un fait très clair, c’est la mutation très forte du monde logiciel vers des modèles Saas qui ne nécessitent plus d’installation et vendent du service. Accessoirement, on ne souligne pas assez combien ce modèle répond à la question du piratage, (comme quoi l’innovation c’est toujours la bonne porte de sortie. Désolé, je m’égare …) et modifie profondément l’économie du logiciel. Tout ça se passe actuellement dans le navigateur, mais je met mon billet qu’il sera bientôt proposé un niveau de service plus avancé (et pas au même prix), pour des utilisateurs plus exigeants et pour le coup, par des outils hors navigateur, partiellement installés, mais fonctionnant aussi très largement avec des ressources distantes. Je le dis d’autant plus qu’il me semble qu’on atteigne une limite à mettre en oeuvre certains modèles web 2 dans le navigateur. Il suffit de lire ce qu’on dit des derniers sortis, ambitieux, mais compliqués. Entre Ajax et les barres d’outils navigateurs, est-ce qu’on ne tourne pas un peu en rond ?
Avec le développement rapide du web mobile, il est certain qu’une page de l’internet va se tourner, celle où le navigateur était le lieu incontournable de la consommation de services numériques. Avec Silverlight Microsoft a clairement fait entendre qu’il ne considérait pas le navigateur comme un passage obligé des services numériques et avec lui Adobe et les chantres des RIAA. De son côté, Google, qui vient d’annoncer le fonctionnement en mode déconnecté de sa suite, reste un ardent défenseur du centralisme dans le navigateur et dans Firefox en particulier. C’est à se demander d’ailleurs si la fiction qui raconte le rachat de l’internet par Google en 2021 ne pourrait pas trouver un sens en parlant du navigateur.
D’un autre côté, Tarik Krim de NetVibes a développé lors de TheNextWeb son idée d’un monde widgetisé, dans lequel évidemment, son modèle agrégateur a beaucoup de sens. On pourrait trouver contradictoire d’avoir d’un côté une vision où les applications sont de plus en plus en modèle Saas dans le navigateur et celle des widgets qui sont pour une part des applications sur le poste, mais cela correspond à mon goût assez bien à la transition dans laquelle nous sommes cette année. Mais en ce bas monde, les transitions sont courtes.
Je n’aime pas le manichéisme et je pense que le navigateur reste et restera le moyen fondamental d’accès aux services, qu’il soit sur votre ordinateur, sur votre mobile et bientôt sur d’autres supports. De ce point de vue, les moteurs de recherche et l’écosystème de Google a de beaux lendemains devant lui. Mais dans un contexte technologique “pauvre” en comparaison aux environnements “riches”, face aux limites du navigateur (découlant largement de la lenteur d’évolution des standards), c’est en dehors que le nouveau palier de l’expérience utilisateur se prépare. La nature a horreur du vide.
Ce qui se joue maintenant, c’est l’émergence de moyens plus puissants en terme d’interactivité et d’expérience utilisateur, qu’il s’agisse de rendre la vie numérique personnelle plus ludique et plus intuitive, mais aussi d’apporter un niveau de service et de productivité plus fort. Cela pose évidemment des tas de questions, mais ouvre en perspective de nouveaux marchés et de nouveaux champs d’usages à l’économie numérique.
D’une certaine façon, le web actuel a bien joué son rôle de terreau et un nouveau substrat est en train de se structurer par-dessus, c’est vraiment très excitant.

  • La première application d’importance qui est sortie du navigateur c’est iTunes (qui intègre d’ailleurs un navigateur…) donc Steeve sait de quoi il parle.
    La grande différence entre un navigateur et une appli cliente, c’est notamment que l’on gère à 100% le développement de cette application et ses fonctionnalité. Dans un navigateur on gère ce qu’il y a dans la fenêtre, mais le contexte reste dépendant du navigateur que l’on utilise…
    Quand un widget sera automatiquement déployable sur tout type de support (téléphone portable, PDA, etc.) il me semble que nous gagnerons en souplesse. Par contre, il va falloir travailler dur pour créer des interfaces qui permettent soit de faire converger les widgets soit de les assembler (un nouveau légo en somme) pour que les interfaces demeurent à un certain niveau d’ergonomie. Je me vois mal en train de gérer 200 widgets…
    Il est étonnant de voir à quel point nous sommes encore tournés vers les services… car au final, ce que veux l’usager c’est quelque chose qui lui permette d’aller au plus vite vers la bonne information, widget ou autre, peu importe…