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March 30, 2008

Les usages sociaux ne se réduisent pas à penser en terme d'identité numérique

Posted by amo@emakina.fr

Comme je l’ai rappelé dans mon dernier billet, l’idée d’un social-graph unique s’est avérée une erreur. De fait, depuis que cette la réalité montre des utilisateurs à l’approche beaucoup plus fractionnée, les services évoluent vers une logique qui leur propose de granulariser leurs “amis” en communautés. C’est typiquement le positionnement de Moli, c’est aussi ce que propose maintenant Facebook.
Cette vision révisée est néanmoins grossière. Ce que montre notamment la typologie de Dominique Cardon et ses fameuses “facettes”, c’est qu’elles ne sont pas miscibles et qu’elles ont même des sens très différent, que l’utilisateur ne les rassemble pas et qu’il y a même un doute à persister dans l’idée d’une d’identité numérique au sens de point d’unification.


Je ne suis personnellement pas satisfait des modélisations actuelles.
Je pense notamment que nous ne prenons pas assez en compte la situation des individus dans leur situation personnelle, leur âge, leur place dans la société. Le marché des ados est porteur, leur nature même à apprécier des outils qui les aident à se construire oriente beaucoup trop le paysage des services et nuit à un jugement sain. Il y a d’autres âges dans la vie et d’autres contextes et puis on a un peu tendance à oublier que tous les services ne participent pas de la même sociologie. Le fait est que, par exemple, le groupe le plus représenté dans Facebook est celui des plus de 35 ans, ce qui n’est pas le cas du tout chez MySpace, alors qu’on oppose à l’envie les deux services.
Je pense surtout de plus en plus que nous portons un regard trop centré sur l’individu alors que nous parlons de sa socialisation, donc de son rapport aux autres et que le point central est à mon avis plus dans le but que dans celui qui le porte.
Ainsi, lorsque nous investissons des services sociaux en ligne, nous projetons quelque chose de nous-même, nous créons un support aux interactions avec ceux que les autres ont eux-mêmes projetés. Dans une certaine mesure, ce sont des sortes de médias personnels qui se lient, ce ne sont pas des individus.
À l’appui de cela, je note le détachement manifeste dont font preuve beaucoup de gens. Passons sur la vie et mort des blogs et intéressons-nous aux changements de peaux des skyblogueurs à la sortie du lycée, caractéristique du terme d’un réseau plus que de l’abandon d’une facette. N’a-t’on pas déjà vu des Diggers vendre leur profil, sinon être sujet à rachat ? Le phénomène est par ailleurs une vraie économie dans les MMORPG et autres univers virtuels où l’on est masqué.
La notion “d’identité” me paraît donc créer une représentation trop intime et je pense qu’il faut raisonner autour de choses détachables que l’on est amené à générer abandonner et pourquoi pas vendre. Cela évitera des confusions.
Cela dit, il y a pleins de cas où nous raisonnons aussi en projetant quelque chose de nous au travers d’outils pour y créer des lieux d’interactions avec les autres, des lieux qui nous échappent et qui n’ont pas vocation à nous appartenir. C’est le cas de ces histoires d’un nouveau genre, écrites à autant de mains qu’il voudra bien s’y prêter. C’est ce que me racontent mes amis artistes quand ils lancent ce qui ressemble à des points de ralliement, des manifestes notamment. C’est bêtement le cas des espace communautaires dont nous sommes l’initiateur et l’animateur en chef, mais qui sont juste un terrain de jeu que nous avons offert à un groupe de gens que nous y invitons et qui pourrons eux-même y inviter d’autres, qui au final n’aura de lien avec nous qu’administratif, et encore. C’est le cas de nombreux groupes dans Facebook, mais dans ce registre, j’aime bien l’exemple de Hellotipi, où les communautés créées sont financées par tous leurs utilisateurs, selon un modèle assez malin de tirelire où tout le monde peut mettre au pôt.
Je trouve assez éclairant de constater en signal faible qu’il y a une dissociation de plus en plus claire entre la gestion de l’administratif (le compte et l’authentification) et l’opérationnel (la représentation et la gestion de ce qui va avec pour le réseau) sur les plateformes.
Ce que je pense donc de plus en plus, c’est que l’on ne raisonne pas assez réseau et qu’à trop faire du user-centric, on oublie les mobiles qui guident les initiatives des utilisateurs. Cela pourrait déjà nous amener à caractériser la distance que nous mettons entre nous-même et les lieux que nous créons, bref donner de l’épaisseur à la notion du “être” et cela améliorerait la façon dont nous abordons certaines dynamiques collectives ou contextes, ne serait-ce qu’au regard du couple coopération/compétition.
Et puis il y a aussi la nécessité à véritablement considérer que le contexte global est également central. Dion Hichcliffe a dit que l’entreprise n’est pas le web. Ce n’est pas le seul cas où l’application des bonnes idées hors contexte ne génère pas forcément de solution. Eclater notre réflexion sur les usages sociaux à ce niveau me semble également plus que salutaire.
Créer des comptes et nourrir des représentations se fait sans doute à l’initiative d’individus, mais ce n’est pas pour autant que ce qui se passe avec ces représentations soit véritablement unifiable, qui plus est sous une notion d’identité. Cela cache trop des logiques patrimoniales et en filigrane l’idée de choses pensées pour durer, alors qu’il y a pleins de choses dont la propriété se perd, se dilue et qui n’ont pas nécessairement vocation à durer au-delà des buts sociaux qu’elles propulsent.

  • http://www.internetactu.net Hubert Guillaud

    Tu veux dire en fait que la première raison d’être des sites sociaux est la forme de sociabilité qu’ils portent, plutôt que les profils qu’ils dévoilent. Ce qui explique alors beaucoup mieux les différences entre les sites sociaux, quand bien même on aurait des données de profil semblables, voire portables.
    J’ai l’impression que c’est déjà le cas en fait. En regardant le fonctionnement de chacun, on constate que leurs différences sont avant tout dans leur positionnement.

  • am

    Il est en effet patent que les positionnements des SNS ont un impact très fort sur qui est dessus et ce qu’ils y font.
    Mais mon propos porte plus sur la notion d’identité numérique face à la réalité que nous commençons à comprendre sur les buts et pratiques des utilisateurs des SNS.
    En l’espèce, tu suggères qu’au centre de tout cela, il y a des données semblables voire portables.
    Si l’on regarde du point de vue des individus, je pense de plus en plus que les comptes que nous créons, toutes données personnelles que nous y injectons mis à part, ne participent pas nécessairement du fait que ce que nous allons produire et faire avec ce compte relève de quelque chose d’identitaire. Cela peut aussi nous être étranger. Nos représentations, nos profils et nos comptes sont des choses très différentes.
    Pour ce qui est des SNS, le problème est maintenant l’après social-graph. Ce que l’on sait maintenant, c’est que le profil et le réseau qui lui est associé n’a de sens qu’au regard de l’intention de celui qui l’a initié, quand la suite ne dépend pas d’autres gens. Dans ce contexte, le positionnement a l’avantage de réduire le champ des intentions, donc de rendre les choses plus claires, donc plus propices à de la génération de valeur. On touche du doigt alors les problèmes de gens comme Facebook, qui à trop embrasser mal étreignent ;)

  • http://www.kerignard.com/blog2/ Philippe

    Intéressant, sur pas mal de points cette analyse rejoint la mienne sur le fait que notre identité peut être détachable et interactive, dans ce billet (http://www.kerignard.com/blog2/2008/03/mon-cytoplasme-identitaire.html) j’y évoque la notion de reproduction d’identité par clonage, d’identités orphelines, d’interactions entre différentes identité et le monde exterieur et de “couveuses” numériques qui permettrait à nos identités de vivre en dehors d’une symbiose avec son propriétaire