Carambar, simple pétage de plomb ou réel suicide relationnel ?

Mar 25 2013

C’est d’un oeil très distrait que j’ai observé “l’affaire Carambar” de la semaine dernière. Elle ne pouvait pas ne pas attirer mon attention, à l’instar de mon propos développé dans Communication et marketing à l’épreuve des foules intelligentes, tellement elle ressemblait en apparence à un nouvel épisode de ces marques qui changent pour changer en attaquant leurs fondamentaux d’appartenance et qui suscitent une “révolte” de leurs clients. Simplement, c’était tellement “crétin” comme situation, que j’avais vraiment du mal à y croire. Et la “révolte” était d’ailleurs relative. On relevait surtout du scepticisme. Maintenant que l’on a assisté à la chute, il est temps d’autopsier.

A la base, il y avait donc un communiqué officiel et prémédité, pour nous indiquer que les blagues Carambar allaient devenir de vulgaires questions de culture générale.

C’était parfaitement ridicule. Tout personne sensée sait qu’il y a une blague inscrite dans l’emballage du bonbon, tout comme il y a un quizz crétin dans celui d’un Apéricube ou un cadeau dans un Kinder. Cela fait partie du produit, c’est même la signature “anti-contrefaçon” de la marque. Changer cela, c’était prendre le risque de devenir la copie de l’original que l’on était. Quand à se fendre d’un communiqué pour l’annoncer, c’était réellement suspect, surtout au motif de l’épuisement du “stock de blagues” car chacun sait qu’il est inépuisable. Par ailleurs, s’il s’était vraiment agit d’une décision de pure gestion, il n’y aurait eu aucun communiqué et à contrario, s’il y avait eu de la communication, il y aurait eu une vraie campagne. Or il n’y en avait pas vraiment et je veux bien que les médias soient très à l’écoute des réseaux sociaux, mais leur mobilisation immédiate sentait très fort de bonnes vieilles Relations-Presse. Au final, Carambar nous annonce que c’était une blague, sauf qu’elle ne fait pas rire tout le monde.

Si vous ne voyez pas le produit, c’est que c’est vous, disait l’autre. Ici c’est pareil. Tout ceux qui ont polinisé l’information pensaient en détenir une vraie. Sauf qu’ils étaient juste des instruments d’une opération de communication. Ils sont les dindons de la farce, ceux que Carambar a “fait marcher”. En cours de récréation de CP et plus encore à tous les âges de la vie, personne n’aime être un pigeon. C’est une posture déplaisante et dont je suis prêt à parier qu’elle suscitera de l’aigreur, chez les influenceurs de tout poil qui s’y sont laissés prendre, de même que dans les médias qui ont bien mordu à l’hameçon. Carambar nous explique qu’il fallait “raviver la flamme” et se déclare ravi des “preuves d’amour” qu’il a reçu en masse. Sauf que ceux qui les ont envoyé ont été tout simplement manipulés. N’est pas Marcel Beliveau qui veut et surtout pas qui ne l’était pas, mais je vais y revenir. En tout état de cause, ce soir, les médias n’ont clairement pas aimé, les influenceurs non plus, sauf les éternels pousse-message-sans-réfléchir de service. Sur Facebook, les commentaires des fans sont clairement partagés.

Nous sommes bien dans la plus parfaite acception du buzz et je suis d’accord avec Frédéric, ce n’est pas du marketing. C’est un coup totalement tactique, court-termiste, juste pour créer de la part de voix. Le buzz-(marketing) a son heure de gloire derrière lui et le clivage que suscite cette affaire en montre encore une fois les limites. La fin justifie-t’elle les moyens ? Non. Les dommage collatéraux, principalement relationnels ont-ils été anticipés ? Ça m’étonnerait. Cette chose n’est en tous les cas pas faite pour créer de la valeur. Il y aura certainement un impact positif sur les ventes à court terme, ne serait-ce que parce que des gens ont fait des stocks. Certains ont réellement cru que les Carambars avec blague allaient devenir collectors. C’est juste triste en fait.

L’enjeu marketing moderne est durable. Il réside dans la connexion, dans la valeur partagée entre une marque et son public. Toutes sortes de choses qui se construisent avec une stratégie et non-pas des coups. Une marque est une personne et elle s’incarne tout particulièrement dans son attitude vis-à-vis du monde qui l’entoure et donc par rapport à son public. Comme avec un individu, la cohérence de comportement compte presque plus que les mots. Si elle est entretenue sur la durée, cela crée de l’appartenance, de la confiance, de la reconnaissance, de la préférence.

Or, le fait est que Carambar a fait muter son personnage. Carambar est devenu quelqu’un d’autre que nous ne connaissions pas.

En effet, si on remonte la page fan, Carambar était un gentil gourmet, qui nous accompagnait dans la pause plaisir et autre idée recette sur le pouce. Un petit gars généreux des moments complices entre poteaux. Et la blague faisait bien partie du truc, mais c’était sans prétention, un simple sourire, une complicité. Bref, c’était mignon. Trop, faut-il croire…

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Puis vient le début de l’opération, avec une annonce qui tranche dans le ton et  l’attitude. La connivence disparaît pour des messages top-down et publicitaires.

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Enfin, un des posts qui annonce que “c’était une blague”, avec des commentaires partagés au niveau des fans.

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Donc, Carambar a transgressé. Je dirai même qu’il a muté. Ce n’est plus le bon copain d’avant, il est distant et il va falloir apprendre à s’en méfier.

Cela dit, vous noterez la différence sur les chiffres d’interactions. Sur le profil d’éditoralité initial, on est sur 2000 à 3000 interactions par posts, avec beaucoup de likes, des commentaires et quelques partages. Avec à peine 500 interactions, l’annonce de changement a laissé les fans de marbre. Sur les annonces de chute, à cette heure et en plein effet de buzz, les posts n’arrivent pas au niveau des recettes du bon copain d’avant. En terme d’engagement des fans, ça ne paraît pas avoir payé, et je ne vois pas pourquoi ça payerait d’ailleurs, vu le clivage créé.

 

En conclusion, Carambar a créé une tension artificielle et provisoire avec son public. Il a sciemment détruit son personnage et la relation qu’il avait installé avec son million et quelques de fans, notamment. Il a blessé les influenceurs et journalistes, déçu une bonne partie de ses fans. Il s’est accolé un bel attribut de valeur négatif car avec Carambar, je te roule dans la farine, c’est ça ?

Le jeu en valait-il la chandelle ? La part de voix générée va s’évaporer, laissant le souvenir du mensonge et de la transgression. Si le personnage d’avant revient, il devra reconstruire. Je ne crois pas une seconde à la persistance d’un personnage manipulateur sur la durée pour un produit aussi affectif et je suis donc très curieux de voir ce qui va ressortir durablement une fois le coup passé.

Comme vous l’avez compris, je désapprouve grandement ce genre de jeu d’apprenti sorcier. Il me semble que la page fan d’avant révélait un gros potentiel de développement. Les fans étaient réellement réactifs sur le fooding et il y avait certainement des choses à faire en ce domaine. Le marketing, ce n’est pas prendre son public à rebrousse-poil juste pour jouer, c’est interagir avec lui et déceler les opportunités pour le faire vibrer plus encore. Une relation ne se crée pas sur de la rupture.

 

[ Ceci est une tribune de Alexis Mons, publiée par ailleurs sur No Brain No Headache ]

Les noms de domaine avé l’accent, une opportunité pour renforcer votre proximité

May 30 2012

Si l’écriture de Nietzsche fut considérablement modifiée par l’apparition de la machine à écrire, nous pourrions tous affirmer la même chose d’Internet puisque nous adaptons notre rédaction au support que nous employons. Ceci est vrai pour les lignes éditoriales spécifiques au Net, mais surtout pour les noms de domaine dépourvus de signes diacritiques, qui nous semblent aujourd’hui, presque légitimes.

Jusqu’ici le format ASCII que nous utilisions pour former nos noms de domaine ne tenait pas compte des alphabets accentués. Un détail lorsque l’on est anglais ou américains mais une contrainte lorsque l’on est français ou allemands.

Contrainte abolie depuis le 3 mai dernier, avec l’apparition de 30 nouveaux caractères qui s’ajoutent à la composition des noms de domaines français. Une possibilité offerte par les IDNs (noms de domaine internationalisés) qui supportent les caractères latins accentués ainsi que les alphabets non latins (cyrilliques, chinois, arabes…). Les IDNs vont désormais permettre d’étendre à 67 le nombre de caractères autorisés, et ceci, sous les 6 extensions que l’AFNIC gère actuellement (.fr, .re, .tf, .wf, .pm et .yt). Une “sunrise period” a cependant été mise en place jusqu’au 3 juillet 2012, délai “d’enregistrement prioritaire” permettant aux propriétaires de sites de déposer leur variante “IDN”.

Si les noms de domaine s’adaptent enfin à notre alphabet, qu’en est-il en termes d’opportunités pour les marques ? Emakina vous répond.

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SOLOMO n’est pas une sauce piquante

Jan 24 2012

C’est peu de dire que Le Web a popularisé SOLOMO. Cet acronyme anglo-saxon Social – Local – Mobile, qui sonne si bien en français à tel point qu’on en oublie ces faux amis que sont Social et Local, notamment.

La densité avec laquelle il s’est imposé comme incontournable dès que l’on parle de “stratégie” numérique est assurément un indicateur de la puissance de l’événement qu’est devenu la franchise de Loïc. Mais dans le même temps, il est fascinant de voir à quel point 99% des gens n’ont rien compris à mon sens. Cela vaut bien une réflexion à partager avec vous.

Comme le web 2.0 en son temps, le Solomo est un de ces mots-valise qui n’a de sens que pour servir de marqueur à une tendance ou à une idée. Il n’y a donc pas de définition au sens propre. C’est un doigt qui pointe une direction. Reste à regarder la direction et pas le doigt. Là est tout le problème.
Comme ce n’est ni le premier ni le dernier buzzword à la mode, j’avais bien vu venir le coup pour ma part. Et je croyais bien faire lorsque je l’ai évoqué à Pau, pour dire que c’était vieux et que ça ressemblait plus à un bidon de lessive sur étagère qu’à une idée super innovante et disruptive. Hélas, je n’ai pu qu’assister à la gloutonnerie très humaine de se satisfaire de l’effet d’un bel acronyme pour briller en société, au détriment du fond. C’est le jeu.

 

SOLOMO, c’est vieux

 

 

Il faut remonter environ sept ans an arrière, à l’échelle d’une génération de service numérique. On m’a ainsi soufflé dans l’oreillette cette mention de mai 2005, qui parle d’un gobage de ballon prisonnier par Google et vous verrez que l’origine est croustillante.
Aussi, le fait que l’acronyme se soit à ce point hissé au pinacle fin 2011 relève plus du champ du cygne du phénomène que de la manifestation de son émergence. Chacun devrait avoir en tête qu’à partir du moment où quelque chose est médiatisé, c’est que la phase de banalisation entre en gare. D’où mon analogie avec de la lessive : le SOLOMO, ou de la stratégie en boîte sur étagère, histoire d’appréhender la chose comme une idée très mature et même un peu usée plutôt que d’une novation qui fera de vous un pionnier du futur rayonnant. Je prétend donc pour ma part que le SOLOMO n’a plus rien d’innovant. A telle enseigne qu’il ne manque pas d’études de cas bien mises en scènes.

Big Data et autres enjeux des services d’extension de notre cerveau

Sep 28 2011

Alors que j’étais en voiture (et pas dans un train, pour une fois), en route vers Bordeaux, j’écoutais la “Tête au carré” d’hier, qui portait sur la possibilité que des neutrinos dépassent la vitesse de la lumière. Oui, vous savez, l’annonce faite par le CNRS/CERN vendredi dernier et qui a fait couler beaucoup d’encre. Dans cette émission réjouissante, le responsable de l’équipe qui avait fait la mesure était venu expliquer et discuter de l’expérience, avec d’autres scientifiques et les auditeurs, dans un bel exemple d’humilité du scientifique conscient que la science n’est jamais exacte, et ayant épuisé les vérifications pour son compte, verse le contenu au monde afin que chacun puisse en juger et voir s’il n’y a pas un détail obscur qui lui aurait échappé. Car, dans cette affaire, tout est question de marges d’erreurs et de l’existence ou pas d’un facteur ignoré qui aurait faussé la mesure.

C’était passionnant, accessible et presque jubilatoire et je m’en suis rappelé en lisant hier soir ce papier de TechCrunch consacré aux Big Data, d’une part, et en partageant cette infographie de Onlinecolleges sur les services d’externalisation de capacité cérébrale que représente Google.

Big Data, the next big thing

Les discussions sur le Big Data ne sont pas nouvelles. Il y a un vrai affrontement entre les tenants d’une théorie que les données détiennent la vérité et qu’il n’y a qu’à presser le citron pour la faire sortir, et ceux qui soutiennent, j’en suis, qu’à ignorer l’environnement et le contexte de capture des données, on risque de leur faire dire tout et son contraire. Allez lire les 6 provocations aux Big Data de Danah boyd et Kate Crawford, reprises et traduites sur InternetActu, Ça a déjà deux ans d’âge et ça n’a rien perdu de sa pertinence.
Les données sont un potentiel et c’est ce que l’on en fait qui compte. A ce titre, le vrai sujet que tout le monde a compris, c’est que les données sont LA nouvelle ressource économique de l’économie digitale. Et c’est là que l’infographie ci-jointe est bonne à illustrer quelque chose, même si le logo Google est un peu seul et qu’il devrait y en avoir des centaines, celui de Facebook notamment.

 

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La vérité sur le social media

Mar 31 2011

Voilà une étude qui fait déjà réfléchir beaucoup de monde, et c’est une bonne nouvelle. Elle vient d’IBM, s’appelle what customers want et tient en 20 pages.

L’essentiel est dans ce graph :

Ce que dit le schéma ci-dessus est simple : les marques se tromperaient sur les attentes des consommateurs sur les réseaux sociaux. Elles y verraient en particulier tout sauf de la fidélisation business de base, alors que ce serait au contraire ce qu’ils attendraient d’elles. Nous serions donc dans le plus parfait malentendu.

Personnellement, c’est Brian Solis qui m’a mis le doigt dessus, dans un billet au titre signifiant : getting down to reality et au contenu à l’avenant. On peut tergiverser sur la profondeur du panel et les conditions de cette étude. Pour ma part, la messe est dite. Ce billet s’ajoute à quantités de signaux convergents qui brossent dans le sens du poil de vieilles convictions. D’où cette prose.

Aux sources du désenchantement, le malentendu ?

Il est aisé d’y voir une des raisons profondes à ce que Cédric Deniaud appelle du désenchantement, un sentiment que je rencontre pour ma part de plus en plus sur le terrain. Mais le problème ne serait pas simplement une questions d’idées courtes, e copier-coller et d’enième course aux fans par jeux-concours-attrape-concouristes. Le problème ne serait pas dans les limites d’approches par le buzz, l’enchaînement des coups tactiques sans stratégie de long terme. Le problème serait dans la compréhension même de ce que sont les réseaux sociaux, dans ce qu’y font les gens, dans ce qu’il est légitime d’imaginer qu’ils ont envie de faire avec une marque.

Cette étude n’est pas un message isolé. Dans le genre, il y en a eu un autre, en début de ce mois, dans une étude ETO, qui disait que 70% des internautes n’aiment pas l’utilisation de leurs données personnelles par les marques, même indirectement (dans un panel de 36000 personnes, tout de même).
Cette étude reliée à d’autres et on peut se dire qu’une proportion importante des gens n’aiment pas, aujourd’hui, voir les marques dans leur environnement social. Quand la pub est bien à sa place, à droite, dans la page Facebook, elle est à sa place, mais ceux qui jouent savent aussi quelles sont les taux généralement infinitésimaux de clics dessus. Quand la pub, quel que soit le nom qu’on lui donne, se colle au milieu du mur, et même si c’est vous-même qui avez “liké” celle-ci de votre propre chef, ce n’est quand même pas un de vos amis, les vrais. La preuve en est que la principale source de désamour (et de “unlike”) est l’agacement à une trop grande intrusion dans le mur. Et l’expérience montre que le seuil critique est vite atteint. Dans une lecture “nouveau média” des choses, sachant que les réseaux sociaux ne sont pas des médias, vu des utilisateurs, nous ne sommes qu’au début d’un apprentissage collectif et sociétal, pour faire à la fois acceptation et efficacité marketing. Par le passé, les médias de masse ont aussi à passer par ce moment-là. Il faut donc faire preuve de patience et en tenir compte.

Une marque n’est pas une personne

Une marque n’est pas une personne. Je sais bien que ce n’est pas ce que l’on dit. Et moi-même je dis souvent à mes interlocuteurs qu’ils doivent se penser comme une personne quand ils parlent aux gens sur le web social. La vérité, c’est que la personne dont on parle, c’est eux, en tant que collaborateur en uniforme de la marque, et que les gens qui leur parlent le font finalement à peu près comme quand ils parlent à quelqu’un de la marque en vrai. Mais cela ne veut pas dire que la marque est devenue une personne. Elle s’est simplement incarnée.

Je me suis encore récemment retrouvé face à une marque qui vivait avec un profil sur Facebook. Pas une page, mais un de ces bons vieux profils d’avant les pages. Le point d’entrée de la discussion était qu’ils avaient atteint le plafond de 5000 amis et ne pouvaient en avoir plus. LOL. Après leur avoir expliqué qu’ils étaient chanceux de ne pas avoir été viré purement et simplement et leur avoir fait le topo sur l’art des pages-fans, il était révélant de les voir déçus parce que les pages ne leur permettait pas un accès aussi profond et proche que ne leur permet un profil sur Facebook. Evidemment, quelques semaines plus tard, le fameux profil a été suspendu.
Il est parfaitement légitime de la part de Facebook, à ce que les profils soient des vrais gens et à ce que les marques et choses qui n’en sont pas soient des pages. Cela correspond à une distinction claire qui correspond à la pensée des gens. Profiter de la situation pour pénétrer plus profond que cela ne le devrait dans les données personnelles et la nature de relation n’est pas seulement contraire au droit sur les traitement de données personnelles, c’est une intrusion. Il ne faut alors pas s’étonner que les gens n’aiment pas la manipulation de leurs données par les marques. Certaines pratiques entretiennent ces idées et pourrissent le climat, nuisent à une sortie rapide, par le haut, de la phase d’apprentissage.

Il ne faut jamais oublier que le web social a d’abord été conçu et investit pour et par les gens. Ce n’est que dans un second temps qu’il est devenu (et devient) un espace marketing et marchand. Il est donc parfaitement légitime que les gens soient méfiants, sinon plus, devant leur introduction dans ce qu’ils peuvent considérer être comme leur espace. Un peu comme la réaction de certains à l’arrivée de certaines marques ou type de commerce dans leur rue. Avec le temps et sous réserve de montrer patte blanche, ça se passe.
L’arrivée d’une marque sur le web social ne va pas de soi. Elle entre dans un espace de proximité interpersonnel. La posture qu’elle y prend doit avoir un sens cohérent avec la nature sociale de ce qui se passe in situ, de ce qu’elle est et de l’histoire qu’elle a avec les gens. Un petit “like”, le fait de suivre, n’est pas une bague au doigt, c’est juste une intention.

Les gens ne changent pas, ils font autrement

Si j’ai appris quelque chose et de longue date avec le digital, c’est qu’on se fait vite des idées sur les gens. On s’imagine qu’ils deviennent différents, sinon qu’ils mutent. Ce n’est pas le cas. Nous restons des hommes, nous adoptons simplement d’autres manières de faire. Et si nous pouvons paraître inviter de nouvelles choses, ce n’en sont pas fondamentalement en terme de caractéristique profonde de la manière dont nous vivons.
Développer des usages sur le web social, notamment sur Facebook, ne change pas la nature profonde de ce que je suis. Cela réarbitre la consommation de mon attention et le champ des opportunités et modalités relationnelles par lesquelles je développe une relation avec les autres plus riche et efficiente. Je peux maintenir de la relation de manière plus fréquente, à moindre coût, voire avec plus de valeur. C’est toute la leçon de la force des coopérations faibles.

Je pense donc qu’on se fait des noeuds au cerveau pour rien. Ce que nous raconte cette fameuse étude, c’est rien moins le fait que les gens ne changent pas, les marques non plus et l’intérêt bien compris des deux entre eux tout autant.
Placés tous les deux dans le web social, les gens y attendent ni plus ni moins que ce qu’ils veulent, ou on l’habitude de faire, avec cette marque. Et elles ont tout à gagner à y transposer ce qu’elles font déjà, en premier lieu du CRM et ses coupons et programmes de fidélités que leurs clients comprennent déjà. La seule chose qui change, ce sont les modalités et les opportunités que ce soit plus simple, plus efficace, plus profitable. Le crowdsourcing et l’intelligence collective découlent des échanges et peuvent être stimulés, développés. Ils constituent des opportunités à partir de, mais il faut bêtement commencer par le commencement et constater la présence d’utilisateurs actifs et engagés avant de viser la lune. Encore une fois, être patient et voir loin, penser business. Pour le reste, tout est mesurable sur le digital et la business intelligence existe. Et cela n’empêche nullement d’être créatif et innovant, porteur de progrès, bien au contraire !

Chez Emakina, nous avons de nombreux exemples à l’appui de ce postulat. L’immense succès de Yunomi, en bénélux, en est un. Cette plateforme, devenue un des tous premiers lieux socionumériques des femmes en bénélux, transforme une relation bien comprise avec Unilever, dans le cadre de laquelle le couponing et la fidélité ont été intelligemment revisité.

En fin de compte cette étude tombe à point nommé, à un stade de maturité bienvenu dans la mutation des marques à l’ère du social business. Cela renforce l’importance à concevoir l’approche des réseaux sociaux comme un sujet de fond, qui adresse le modèle, l’organisation et une démarche sur le fond. Le relationnel est quelque chose qui se construit patiemment. Il y a assez de contenu et discussion sur le sujet de la confiance à l’ère du web social pour que je ne développe pas plus ici. L’idée, au terme de ce billet, c’est qu’il faut moins imaginer du parfaitement neuf que déjà réinterpréter la relation existante, la compréhension mutuelle entre la marque et ses clients. Cela dit, si la relation est pourrie ou inexistante, tout peut être inventé, évidemment, sauf les clés de pensée relationnelle de la culture marketing des gens, celle qui crée l’attention et la connexion.

Le mieux est l’ennemi du bien.

Opendata, année 0

Mar 18 2011

C’était donc hier après-midi, au centre de conférence Microsoft, où RSLN avaient monté une belle journée sur l’opendata, la “libération des données publiques”, en bon français. La salle était bondée et le panel de très haut vol, avec le tout jeune EtatLab en guest, l’initiative opendata de l’Etat français, née il y a un mois à peine. Elle a fait, me semble-t’il, sa première sortie publique, avec une sobriété et humilité de bon aloi. Elle est une excellente nouvelle et on lui souhaite d’ajouter à l’impulsion et de nous projeter dans l’avenir. On y croît.

L’opendata ou la quintessence de la modernité

J’ai recherché dans mon Diigo le premier bookmark que j’ai pu marquer “opendata”, c’était en décembre 2008, quand il se passait quelque chose, outre manche, avec les cartes. J’avais fait une sortie caractérisée en en juin dernier, et j’en avais surtout remis une couche, spécial Tourisme, en septembre, avant de le dire sur la scène de eT6, où il était clair à que le sujet avait fait plus que monter. Aujourd’hui, ce n’est plus de l’expérimentation, il s’impose à tout acteur public qui se respecte, ainsi qu’aux entreprises privées. Donc, si vous n’aviez jamais entendu parler d’opendata, il est temps de vous y mettre.

Je ne vais pas ici faire un compte-rendu de la journée RSLN, mais plutôt tacher de créer de la perspective et du sens, sur un sujet vaste, complexe, et à plusieurs faces. Il y avait hier les bons pionniers, le petit dernier, à savoir l’Etat français et le papa de tous, data.gov.uk, qui en a mis plein la vue, en quantité et en vision, à la fin de l’après-midi. Tout ce petit monde respirait l’innovation, le “gouverner autrement” et un pragmatisme rafraîchissant.

Basiquement, l’opendata consiste à rendre les données publiques disponibles et opérables, afin que des gens s’en saisissent et les exploitent. Si vous êtes à l’aise avec l’économie du XXIe siècle, vous trouverez ça d’une banalité confondante. L’opendata est en effet le condensé de la modernité, avec ce qu’il faut de pensée digitale, de vision économique orienté sur la valeur d’usages, de crowdsourcing, d’APIs, de cloud, de visualisation de donnée et de technologie qui disparaît. C’est, tout au fond, un modèle d’économie de l’abondance, où l’enjeu est de créer des opportunités. Si vous ne libérez pas les données, il ne se passera rien, et vous ne génèrerez rien. Mais si vous libérez les données, elles transformeront leur potentiel de “matière première économique”, comme l’a indiqué Bernard Stiegler. Le monde se divise donc en deux : ceux qui savent, ont la configuration mentale du siècle actuel, qui savent que l’avenir est fait d’opportunités et que les gens sont joueurs et savent jouer. L’opendata est pour eux une sorte d’évidence et de nouvelle frontière en même temps. Les autres ne comprennent tout simplement pas et ne comprendront que s’ils changent de logiciel.

Les 3 facettes de l’opendata

L’opendata est un carrefour et je vois pour ma part quatre routes qui y convergent.

La première s’appelle transparence.
Elle est portée par une attente citoyenne particulièrement forte, adressée à la chose politique. Elle s’est cristalisée avec Wikileaks, dont il faut rappeler le but politique de rééquilibrer le rapport de force entre citoyens et pouvoir par la transparence de l’information et des données.
Elle se traduit plus prosaïquement par des initiatives de transparence budgétaire comme Where does my money go ou de contrôle parlementaire comme ce que fait Regards Citoyens avec mondepute.fr, en France. J’y met aussi du travail de crowdsourcing comme la base des lobbyiste au parlement français, produite en quelques semaines par des citoyens anonymes.
Ce que tout cela raconte c’est que, si on le libère pas les données, les gens peuvent aussi faire le job eux-mêmes. Le net est plein d’info, une grande caisse à outils et un moyen de se mobiliser et de s’organiser. Nous sommes nombreux, connectés et pleins de compétences.

La seconde est politique et relève du management public.
Cet après-midi, Jean-Louis Missika a fort bien raconté combien le cadre de la participation politique, en France, enfermait et organisait un rapport de force politicien improductif d’où le citoyen de base était absent. Comme il a été rappelé, l’enjeu de la donnée, c’est d’observer, mesurer, prévoir. Or, gouverner, c’est … ? Ok ? Et l’enjeu de la libération des données, c’est celle de l’internet telle que l’a rappelé Bernard Stiegler : passer d’une somme d’intelligence individuelle à une somme d’intelligence collective. Partager la donnée, ça sert à ça, surtout quand partager est bidirectionnel et que les utilisateurs peuvent aussi enrichir les données (ou les corriger).

La troisième relève de l’efficacité économique.
Au terme de quelques décennies d’informatisation, vous disposez de vastes bases de données et des citoyens ou des utilisateurs avides de services, ainsi que la compétition ou l’émulation environnante, vous obligent à vous poser la question de développer des services dessus. Vous avez alors 3 solutions :

  1. vous transformer en opérateur de services que vous n’êtes pas, imaginer lesdits services, les construire, les lancer et les maintenir.
  2. considérer que, non, ce n’est pas votre job, et chercher un opérateur à qui vous aller concéder ce boulot.
  3. libérer les données et faire l’opendata que l’on connaît, plein de bons exemples sur comment susciter l’émergence de pleins de services en quelques semaines (et plutôt jours).

Ce que montrent les exemples de l’opendata, c’est que cela crée beaucoup de valeur, beaucoup de diversité, très vite. Xavier Crouan, de Rennes, a indiqué qu’avec 20k€ investi, il s’était généré pour 500k€ d’applications en moins de six mois. Un enjeu de créer des opportunités, vous dis-je.
Donc, la seconde facette de l’opendata, c’est le modèle de développement qu’il représente, sur le registre de l’efficacité. La promesse, c’est plus avec moins, plus vite. La contrepartie, c’est principalement la perte de contrôle, même s’il a été bien rappelé, aujourd’hui, qu’on peut libérer les données avec du sens politique dedans.

La quatrième est la plus basique. L’opendata est plein de gens de M. Jourdain, qui en font s’en l’avoir conceptualisé, tout simplement parce que c’est consubstantiel de la pensée économique du net. D’où l’air un peu ahuri de certains, quand on en est à expliquer des évidences. L’opendata, on en parle pour ne plus en parler et avant qu’un autre mot vienne désigner l’avant, quand les données n’étaient pas libres …

Un nouveau pallier de civilisation ?

J’étais venu chez RSLN pour avoir un point de mesure de la part des 4 composantes dans les discours des uns et des autres, surtout les trois premières, évidemment. C’était très éclairant.

Le concept est porté par un courant réellement civilisationnel. Le mot n’est pas trop fort. Bernard Stiegler nous a fait le coup de la révolution similaire à l’écriture ou l’imprimerie, à une période similaire à celle de la renaissance. Soit. C’est un discours bien connu. Mais je note surtout, pour ma part, que l’opendata est surtout une nouvelle étape de démocratisation. Après celle de l’information (datée de 2004, symboliquement, selon moi), voici celles des données. Elle suggère que nous sommes collectivement assez nombreux à disposer des compétences et des outils pour en faire quelque chose. Je crois clairement que oui, d’autant plus à cause de la fracture numérique que cela creuse un peu plus. A l’échelle d’une génération, 20 ans, tout aura changé.
A l’intérieur de ce courant, on trouve à la fois l’exigence de transparence et la pensée économique numérique moderne. Les deux sont nourries aux mamelles conceptuelles de l’internet : libertaires et libérales, qui sont ancrées au plus profond de l’internet et dans la pensée de ses utilisateurs. L’opendata n’est alors que la suite logique des choses, au même titre que ce qui s’est produit avec l’information lors de la démocratisation des média, engagée il y a dix ans environ, quand la technologie a libéré les opportunités en ce domaine.

Les praticiens que l’on a vu hier, sont des gens qui partagent des convictions claires sur le fait que le monde a changé. Mais s’ils font référence aux valeurs de transparence et de démocratisations, c’est autant en terme de valeur politique que comme exigence opérationnelle du succès. A titre de résultat, je note la forte insistance à fabriquer de l’engagement dans le public, à réaliser la participation concrète des gens.
Ce sont surtout des acteurs pragmatiques, qui partagent la conviction d’un management public entreprenarial. Celui-ci est fait de prise de risque, d’innovations de ruptures qui servent une ambition politique de changer les choses, avec une proposition sociétale très force. Ce ne sont pas des gestionnaires, ils saisissent des opportunités, ils créent de la valeur.

Mais plus on va vers des praticiens expérimentés, plus on est aussi dans une logique d’efficacité pure. J’étais très attentif à entendre, à côté des grandes sorties sur la transparence et la démocraties, les termes économiques et managériaux. J’ai entendu des choses qui relèvent de l’efficience territoriale du côté de Rennes ou d’Edmonton. Mais avec Nigel Shadbolt de data.gouv.uk, on a vraiment entendu un discours d’efficacité de l’action publique. Pas simplement sur un registre d’économie, de vitesse ou de diversité au développement de service. Il a aussi beaucoup insisté sur le fait que la transparence des données avait un impact sur l’efficacité des services publics. L’exemple de l’impact des cartes de criminalité sur le marché de l’immobilier est bien connu, mais il aussi parlé de la performance des écoles ou du taux de mortalité dans les hôpitaux. Je ne voudrait pas pour autant pervertir son propos, puisqu’il a reconnu forcer le trait. Surtout, il était très clair que les attendus philosophiques et politiques ne faisaient plus débat. Il a même insisté pour dire que le sujet était dépolitisé. Cela m’a rappelé celui des infrastructures numériques et de l’accès, qui en est passé par là, il y a dix ans environ.

A un moment donné, mon voisin m’a dit fort justement que “partager” est le mot du XXIe siècle, puisqu’il faudra bien partager les choses alors que la planète montre ses limites et que l’on est tous dans la même barque. Observer, mesurer et prévoir. La capacité décisionnelle à la portée de tous, où la somme des individus fabrique une intelligence collective, une exigence collective aussi.
L’opendata n’est qu’une étape dans un processus qui réinvente la politique et la société, la civilisation. Il arrive par le bas, et comme l’a dis Bernard Stiegler, il transforme tout et il faut élever le débat, sortir par le haut. Le monde change et n’a pas fini de changer. Changeons le. Opendata, c’est mûr et ça commence vraiment maintenant !

Facebook ou le refus de la transparence

Jan 28 2011

La prise de participation de Goldman Sachs dans Facebook a fait couler beaucoup d’encre. Elle a surtout relancé de vastes spéculations sur la valorisation qu’il en est ressorti, à quelques 50Md$, et sur l’existence ou non d’une bulle. A presque 100$ l’utilisateur, ça donne de quoi réfléchir. Ça nous renvoie à des discussions du même genre, il y a une décennie, même si la comparaison s’arrête là. En 2000, on spéculait sur du virtuel pur car il n’y avait tout simplement pas de client, mais des pertes bien réelles.

Je ne m’aventurerait pas sur ce terrain. Ce qui m’intéresse, c’est tout autre chose.

De quoi est-ce que l’on parle avec Facebook ?

D’un côté, nous avons un géant de l’économie de l’attention, un des très grands de l’économie digitale, valorisé 50Md$, donc, dirigé par l’homme de l’année de Time Magazine, qui peut aussi se présenter comme faiseur de révolutions victorieuses.

De l’autre, nous avons ce qu’il faut bien appeler une PME, qui dépasse à peine 2 000 employés et une entreprise qui n’est pas côtée.

Dans un billet de mars dernier, je m’étais déjà penché sur cette question et sur son corollaire qui est qu’on ne sait finalement pas grand chose de sûr en terme économique avec Facebook. On vit d’incertitudes et de supputations et il faut, je crois, être un peu sérieux, à comparer ce qui est comparable, à savoir une PME non côtée d’une part et de grandes valeurs boursières mondiales soumises à l’exigence des règles de transparence de marché et autre Sarbanes Oxley.

Facebook ne veut pas entrer en bourse

J’invite chacun à lire le très pertinent article publié par le NY Times concernant l’entrée de Goldman Sachs, et fort justement repris dans un récent Courrier International.

Quel est le propos ? Celui de considérer l’entrée de la grande banque d’affaires américaine sur la base des buts réels de cette opération. Celle-ci consiste, en effet, à orchestrer une ouverture de capital dans le cadre d’une sorte de marché secondaire, parfaitement légal, mais hors législation boursière.

Facebook ne veut pas entrer en bourse. Ce faisant, Facebook s’évite les aléas de la finance mondiale. Cela se comprend très bien. Mais Facebook s’évite aussi les obligations des marchés côtés et s’affranchit de la transparence qui leur est inhérente. Vous me direz qu’ils pourraient très bien s’appliquer les règles de transparence que l’on est en droit d’attendre d’un acteur mondial de premier plan. Ce n’est pas le cas et cela se voit très bien dans la qualité et la nature des informations dont on dispose d’un point de vue économique.

Zuckerberg et Facebook sont-ils des Janus ?

D’un côté, un beau discours consensuel sur la liberté d’expression et une nécessaire transparence marchant sur des considérations jugées obsolètes telle la vie privée. De l’autre une entreprise qui organise son financement en évitant soigneusement de devoir se conformer aux règles de transparence qu’on serait en droit d’imaginer qu’elle suive au regard du statut de géant qu’on lui prête.

Je ne ferai aucun procès économique à Zuckerberg. Je trouve qu’à l’instar d’autres patrons de grands noms du web, et alors qu’on joue à se faire peur avec une nouvelle bulle, se méfier des mirages boursier et se garder de la spéculation financière manifeste d’une prudence inattendue, sinon d’un certaine réalisme au regard des risques. Comme le soulignait Courrier International, bouder Wall Street est un luxe rare que Facebook peut se permettre. C’est aussi un message intéressant à l’heure où l’on va entendre beaucoup de baratin sur la régulation de la finance mondiale ces prochains jours.

Pour autant, il serait appréciable que Facebook nous gratifie d’informations financières de qualité et joue un peu plus la transparence en ce domaine.

Je finirai sur note croustillante, en me disant que, si l’homme de l’année du jury de Time Magazine se méfie et se garde de la transparence financière, son alter égo élu par le public, Julian Assange, pourrait fort bien lui jouer un tour, si d’aventure un petit malin nous libérait les comptes de Facebook ;)

Cet article a été initialement publié sur le blog de groupeReflect / Parole d’expert

Au culte des amateurs, les experts sont rois

Nov 25 2010

Mardi soir, j’ai eu l’honneur et le plaisir d’entendre Andrew Keen au (très beau) Loft Microsoft, pour le premier rendez vous de Regard sur le Numérique. J’y ai retrouvé l’esprit de brassage d’idées en provenance de gens très divers, qui marque le débat RSLN, auquel je contribue avec plaisir depuis un an maintenant. Les bouillons de culture sont rares et c’est tout à l’honneur de Microsoft de permettre cela, d’autant plus qu’ils ne se mettent pas en avant plus que ça. En l’espèce, il s’est passé quelque chose ce soir-là. Explication…

Où sont les évidences ? Où sont les causes ?

Andrew Keen est une sorte de contre-gourou. Face aux évangélistes de tout poil qui nous vendent de la pensée magique par kilo, il est un des représentants de ces gens qui viennent un peu casser les rêves. Exemple type, avec la sentence ainsi prononcée mardi soir : “[There is] no evidence that social media has cured anything”.
Saint-Thomas était parmi-nous, mais comme je l’ai dis sur Twitter : il a raison. J’aurai même ajouté que c’est une évidence car, le Social Media n’étant qu’un moyen, ce sont les gens qui résolvent les choses, pas l’outil dont il se servent. Relisez Tribes, ou cet excellent billet de savoir si la technologie peut éradiquer la pauvreté. Bien vu, Hubert : la technologie n’est pas le progrès !

Mardi soir, en écoutant Keen, je pensais à Jaron Lanier. D’abord parce que Lanier est plus ou moins le même genre de désenchanteur. J’avais adoré sa thèse du nouveau totalitarisme social. il était en avance sur la nostalgie communiste. Ensuite parce que Geneviève Petit a posé une excellente question sur l’idée d’un caractère calviniste du Social Media qui renvoyait à mon goût à la culture de certains de pères fondateurs du net et du web, faisant écho à l’excellente sortie de Lanier sur l’impact du design originel du web dans le constat que l’on peut faire de ce qu’il est devenu aujourd’hui. Vous en aurez un aperçu sur RSLN, justement.

Mardi soir en écoutant keen et en pensant à Lanier, j’ai surtout revisité mentalement le dernier chapitre de Smart Mobs de Rheingold, celui où il nous dit que la technologie ne produit que ce que nous décidons d’en faire. C’est fondamentalement le propos de Lanier, dans son dernier opus, et de son appel à se prendre en main pour s’extraire des contingences du design originel du web et de choisir d’en corriger les traits, si nous le décidons, dans une logique d’humanisme. Keen pointe, dans cette veine, la problématique de la vie privée, directement concernée par ce problème de design originel.

Comme Rheingold, Keen fait référence à Foucault et aux philosophes français de la fin du XXe siècle. C’était facile de jouer avec nous, français, l’autre soir. Et il est bon de rappeler à quel point ils sont considérés comme fondateur de la compréhension de ce que nous vivons … outre-atlantique.
Ça tombait bien, car la sociologie française était brillamment représentée par Patrice Flichy en ouverture de cette soirée. Cela me plait de voir un pont se créer entre nos penseurs historiques si bien mis en mouvements pour étayer le propos de Keen et un digne représentant de la recherche française.
Cela me plait d’autant que nous avons assisté sur la fin à une collision entre Keen et Patrice Flichy. Le second critiquant la pensée, certes brillante du premier, mais trop généraliste et théorique à son goût, pour faire la promotion du travail de fonde de la recherche à aller enquêter dans le dur, sur le terrain, histoire de comprendre vraiment ce qui s’y passe. Keen a balayé tout ça d’un revers de main.

C’était vraiment très drôle en fait, car le sujet de la soirée portait sur la critique du culte de l’amateur, le fond de commerce de Keen. Voir ce dernier gentiment recadré par un représentant estampillé de la recherche était tout compte fait énorme, dans le contexte.

Et c’est là où je veux en venir. Cet épisode m’est apparu parfaitement révélateur d’un point de bascule caractéristique de l’instant présent, dont je veux parler ici : les gourous ne sont plus seuls à penser, les (vrais) chercheurs viennent la leur faire et ils ont du biscuit et du fonds !

Gourous vs real experts

Depuis que je fais ce métier, j’aime à fréquenter les bouillons de culture et ceux qui me connaissent m’ont souvent croisé à la FING ou à LIFT, connaissent mon goût pour la confrontation des idées en milieu hétérogène. C’est aussi pour ça que je suis chez Owni.

Jusqu’à présent, il faut bien reconnaître que, dans ces environnements, on voyait assez peu de chercheurs et que les données et enquêtes que l’on avait à se mettre sous la dent étaient rarement le fruit de travaux de recherche dument estampillés. De fait, on s’est habitué à discuter sur des enquêtes d’opinion et autres études aux méthodologies douteuses, méthodologies qui n’intéressaient personne puisqu’il s’agissait de trouver des appuis à nos pensées magiques. C’était, et c’est aussi une sorte de jeux, auquel je goûte avec gourmandise pour ma part.

A l’arrivée de ma démocratisation des médias, beaucoup de gens, dont moi, se sont rendu compte que l’on s’était fait un putain de film et que ce qui se passait avec les gens n’avait rien à voir avec nos théories fumeuses. C’est de là que vient, notamment, mon goût immodéré pour l’observation des usages, pour la rencontre avec la réalité vraie, ras le goudron. Je ne peux que constater que c’est déjà compliqué de bien comprendre ce qui a déjà eu lieu.
Dans notre petit monde douillet des experts autoproclamés et sociologues du dimanche, nous sommes rodés aux pensées magiques, visions et autres constructions intellectuelles hors sol, à l’art de la synthèse.

C’était très chouette, mais tout ceci se termine. Keen a beau balayer la critique d’un revers de main, il n’est qu’un de plus sur la liste des gourous de tout poil à se faire recadrer par le monde de la recherche. Chers amis du cirque des ex-blogueurs et influenceurs stratégiques de tout poil, nous avons de la concurrence estampillée CNRS. On va souffrir. A ce titre, il faut aller lire les commentaires du billet sur le dernier livre de Dominique Cardon pour juger de ce qui attend les historiques du débat. Le comble étant que Dominique est pourtant un vrai chercheur. Un des rares participant historique au jeu. Ça doit être ça, le truc.

A titre personnel, je range donc volontiers ma gloriole, et je veux faire amende honorable aux chercheurs. J’aurai même aimé qu’ils débarquent plus tôt.

Descendre du nuage et aller sur zone

Keen a tort. On a besoin d’aller voir sur zone. On a un aperçu de notre méprise dans l’étude récente des vieux routiers bretons des usages que sont Marsouin. C’est une des raisons qui me font conserver quelques heures de cours en fac, pour vérifier sur pièce combien les prophètes de la génération Y sont en décalage, par exemple.
Comme au début des années 2000, quand nous avons pris dans la gueule la faillite de nos théories à la con, il faut se méfier des idées simples et flatteuses, pour aller juger de la réalité. Celle-ci, de ce que je peux juger, n’en est pas moins prometteuse de ce que l’homme est capable de faire avec le digital. La vérité c’est qu’il faut partir de l’homme d’abord, de ce qui l’anime et du sens qu’il met à faire certaines choses en mobilisant, en fin de compte, certains outils.

Hier soir, avec les gens de Microsoft, je parlais de la foultitude de détournement des Kinects. Une magnifique nouvelle pour ce produit d’être déjà détourné, de servir à quantité d’autres choses que ce pourquoi il a été conçu, de ne plus appartenir à ses pères, qui vont bien en profiter, en situation de perte de contrôle …
Il faut accepter de lâcher des potentialités dans la nature et revenir à un peu d’humilité et de pragmatisme. Il faut travailler avec les gens, pas essayer de faire des plans sur la comète et en fin de compte essayer de les manipuler. Ils n’en font qu’à leur tête. Allez lire les désillusions de MyMajorCompany et vous comprendrez ce dont je parle. Et vive l’opendata au passage.

Mardi soir, j’ai compris quelque chose. Keen et consors ne nous parlent pas de l’avenir. Ils fabriquent une photographie du modèle tel qu’il le conçoivent maintenant. L’avenir n’est pas ce qu’ils en disent, car ils raisonnent comme si le Social Media avait atteind un état figé et était réductible aux grandes plateformes comme Facebook.
Comme l’a fait remarquer quelqu’un, c’est le même type de point de vue qu’au début de la télévision, quand il y avait 3 chaines et qu’on en faisait le procès définitif. Aujourd’hui, il y en a des tonnes et l’usage en est tellement différent.
Ceci ne veux pas dire que, comme le design originel du net a influencé la situation présente du net et du web, le poids de ce qu’est et de ce que pense un Marc Zuckerberg n’aura pas d’incidence. Mais bien malin, dans un environnement aussi instable et avec tant de possibilité de hacking et de constitution de mouvements militants et agissants, de savoir ce qui va se passer. Par contre, pour avoir un écho favorable à ce que dit Jaron Lanier, et avant lui Rheingold, on peut sérieusement reposer la question de savoir quel futur nous choisissons et comment ?.

Il est heureux que la recherche soit enfin là pour nous donner de la matière de qualité pour y répondre. Bienvenu. Je suis impatient d’interagir avec vous.

Vivement le prochain débat RSLN. Ce serait bien d’y inviter Danah Boyd, elle a l’avantage d’être des deux côtés :)

Dans le Loft Microsoft

Illustration perso : panoramique du Loft via Pano sur iPhone (j’adore cette appli).

Pourquoi Foursquare se vendra (certainement) a Google ou pas du tout

Aug 20 2010

Avec l’annonce faite de Places par Facebook, un service directement concurrent à Foursquare, la start up New-Yorkaise tant aimée de ses utilisateurs et chouchoutée des analystes US, je me demande ce que vous prévoyez de changer à vos usages autour des services de géolocalisation.

Il y a une semaine quasi jour pour jour Foursquare avait refusé une offre a $120M de la part de Facebook. Je disais sur Twitter que je ne trouvais cela pas malin de la part de Dennis. Rompre une négo (Facebook ayant quitte la table suite a cette demande de +25% sur la valo) alors que vous savez qu’un géant (en terme de users installés) comme Facebook va s’attaquer a votre corps business dans les jours qui suivent…. Étrange comme approche n’est ce pas ?

Mais c’était sans compter un détail que j’avais omis et que @goupil972 m’a judicieusement rappelé. Dennis Crowley, CEO Foursquare, est un ex Google. Il a d’ailleurs déjà vendu son service Dodgeball.com à Google en 2005, fondé en 2000 alors qu’il n’était encore qu’étudiant. Faut il voir là le signe d’une négo sous-marine avec Google ? Denis aurait il déjà négocié un accord avec Google a valoir prochainement ? Ou a la façon de Twitter Foursquare va t il tailler sa route en cavalier seul, service stand alone qui se suffirait a lui même ?

Personnellement je privilégie grandement la piste Google qui cumule de véritables échecs dans le web social. Je pense de plus que Facebook a deux handicapes majeurs : la levé de boucliers inévitable sur la protection de la vie privée (débat assez stérile selon moi mais on pourra en reparler) + l’aspect social gaming complètement absent de Places et très bien installé dans l’ADN Foursquare. Et vous qu’en pensez vous ?

Calculez votre âge digital

Aug 20 2010

En quelle année êtes vous né sur le web ? Découvrez les usages de l’époque et retracez l’histoire des services web. Dites moi quel est votre âge digital en commentaire !

MBA Online
Via: MBA Online

Facebook s'intronise roi de l'économie de l'attention, saurons-nous être de bons sujets ?

Apr 26 2010

Si l’on juge de l’avis général des commentateurs sur les annonces de Facebook, il s’est passé quelque chose entre mercredi et jeudi dernier. Beaucoup de questions et surtout beaucoup d’enthousiasme. L’envie de croire, pour beaucoup, qu’une alternative a éclôt, que le web change.
Il s’est effectivement passé quelque chose. A mon goût la cristallisation de ce qu’on savait déjà, plus l’éclairage de quelque chose de plus profond pour l’internet en général et le business en particulier. Un vrai grand instant pour l’économie de l’attention en tous les cas, et un vrai potentiel pour la faire prospérer…

En préambule, deux lectures choisies pour ceux qui étaient en mode déconnecté complet, celle, à chaud, de Robert Scobble et le tour d’horizon d’Alex Iskold chez RWW.

Cela fait un bon moment maintenant que l’on sait que Facebook a gagné la partie. Celle du hub social, du compte maître qui gouverne tous les autres. En occident pour être précis, car il y a d’autres réseaux dominants en Asie notamment. Passons. Facebook est plus que mainstream, c’est le compte maître de l’homo numéricus. Personne ne dispute plus cette position. Jeudi matin nous nous sommes simplement réveillé avec ce qui est une réalité.
Facebook Connect, et Open Stream qu’on oublie souvent, étaient deux idées timides, dont le succès devait appeler quelque chose de plus ambitieux. C’est donc fait avec Open Graph. Il n’y a donc pas de révolution à mes yeux. C’est juste un effort de simplification appréciable, qui va permettre à Facebook de cultiver ce qui a toujours fait sa valeur : la viralité.
Ce n’est pas une rupture, cela vient en continuité, mais comme cela vient en même temps que l’adoubement symbolique du vainqueur, ces annonces marquent le coup et nous font prendre conscience à la fois de la position acquise et du potentiel qui est devant. Je crois aussi qu’à force de n’y voir pas clair dans la manière dont Facebook gagnerait de l’argent, plus le fait que les usages sociaux y sont faibles, il y avait beaucoup de doutes et du dénigrement. J’ai pour ma part la grande impression de lire des tas de billets qui sont autant de remise à plat sinon de mea-culpa déguisés.

Il reste quand même un doute, cet arrière-goût dont parle Marshall Kirkpatrick. Beaucoup se demandent si l’histoire va repasser les plats et voir les utilisateurs se rebeller et faire reculer Facebook comme avec Beacon. Pour moi, Zuckerberg s’était pris pour Dieu et s’était pris un platane. Aujourd’hui, s’en est terminé des envolées mystiques. Open graph, c’est du business, point/barre.
Je ne dis pas qu’il n’y a pas des problèmes et des risques. Mais il y a les discussions de spécialistes et de militants, et le reste. J’y ai bien réfléchis depuis jeudi et je ne crois pas à une nouvelle rébellion. Le plat n’était pas repassé avec Connect et il ne devrait pas repasser avec Open graph. Beacon changeait les règles du jeu social pour l’utilisateur, qui plus est à une autre époque en terme de masse et de composition de cette masse d’utilisateurs. Open graph ne fait que les étendre, plus donner quelques facultés pratiques déjà défrichées par Connect.
Cela dit, il y a quand même un doute car, entretemps, le débat pour la vie privée est passé du côté des Etats et des institutions. Facebook devra composer avec ça, autant que Google. Comme je le développais jeudi dernier, ils sont tellement mainstream qu’ils posent des questions de bien commun qui vont avec les envies de régulation du moment ou autre débat sur la neutralité.

Maintenant, si on est donc d’accord pour dire que Facebook est le nouveau grand avec un gros potentiel devant lui, est-ce pour autant qu’il “change le web” comme y vont certains, voir qu’il challenge Google avec une disruption du modèle publicitaire ?

Facebook ne change pas le web, il est révélateur du changement du web. Si ce changement, comme certains le pointent, est celui d’un web où énormément d’usages se concentrent sur des plateformes (une en l’espèce), c’est déjà le cas. Vu en terme de trafic et surtout d’attention, la messe est dite. Comme certains l’ont relevé, Facebook, rien qu’en France, rassemble en permanence plus de monde qu’un de ces bon vieux prime-time télévisuels d’antan et concentre plus d’attention en durée que la grand-messe du vingt heure. Quoi qu’on en pense et qu’on en dise, c’est là que ça se passe aujourd’hui. Et ça grandit.
L’évolution du web n’est pas le fruit de la décision d’un Zuckerberg ou de qui que ce soit. Zuckerberg a simplement une belle machine en prise avec la façon dont les gens utilisent le web de plus en plus. Il ne fait que les suivre. Il en a la capacité, à contrario de Google qui ne joue pas ce jeu. Google joue un autre jeu, celui des contenus (et des apps qui s’y ajoutent) et son adversaire s’appelle Apple. Avec Open graph, Facebook montre que Google ne domine pas tout, ce qui enfonce une belle porte ouverte.
Aussi, le modèle publicitaire de Google n’est pas directement concerné. Nous sommes par contre ravi, chez groupeReflect, de voir ces annonces enfoncer le clou de l’économie de l’attention. Nous sommes joyeux et impatients de démontrer à travers elle notre vision que l’attention est le conducteur moderne de la valeur.

Finalement, je n’ai qu’une seule véritable interrogation. Facebook va donc nous permettre de dire “je t’aime” à plein de choses, sans doute à presque tout sur le web bientôt. Et l’on verra si d’autres “aiment” aussi, notamment parmi nos “amis”.
Le petit monde du marketing est tout émoustillé de voir qu’il va pouvoir bénéficier de données inestimables. Oui, comme l’indiquer Frédéric Lardinois, les métriques vont faire un saut quantique, tout comme ce bon vieux web sémantique dans lequel plus personne ne croyais.Il fallait donc maîtriser l’environnement d’usage d’un demi-milliard d’occidentaux pour le faire…
Aussi, j’aimerai bien savoir ce qu’en pensent les gens du CRM de ces annonces. Car, pour le coup, s’il y a un impact puissant à chercher, il est à mon avis là. Et il est puissant. On n’a pas fini d’en parler.
Cela dit, j’ai donc une interrogation. Celle de savoir quel sens exact va représenter le “j’aime” pour l’utilisateur qui le fait ?. C’est à mon avis une question d’importance car elle conditionne la bonne réception du retour et la bonne compréhension des chiffres. On sait déjà que quand quelqu’un dit qu’il “attend” un événement sur Facebook, ce n’est pas pour y participer, c’est pour manifester qu’il trouve ça bien, ou tout simplement pour rester en veille dessus. Il ne faut pas se méprendre. Une bonne partie des fans de certaines pages le sont simplement parce qu’il fallait cela pour participer au concours ! Le nombre de fans d’une page n’a jamais eu la moindre signification profonde.

Je pense donc que, OUI, Open graph, c’est de la balle. Mais comme tous les outils, puisque s’en est un, il n’aura de la valeur que parce que nous saurons lui en donner, et faire en sorte que les “j’aime” et autres fils relationnels que Facebook va nous permettre de construire et exploiter, soient VRAIMENT fructueux et porteur de valeur. C’est pourquoi je crains des désillusions et en même temps de beaux succès à ceux qui sont prêts à construire.

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Illustration CC Flickr par Balakov (trouvaille via Owni)

Vie privée et neutralité : même combat !

Apr 22 2010

Je reste perplexe devant le débat actuel sur la vie privée. J’ai eu l’occasion de dire ce que j’en pense, à savoir qu’elle est simplement revisitée à travers les modalités modernes que l’homo-numéricus a développé pour vivre avec ses voisins. Rien de nouveau sur le fond, juste une forme qui change, raison de plus pour ne pas jouer aux apprentis sorciers.
Mais dans le fond, c’est un faux débat, ou plutôt une discussion détachée qui va finir par (re)prendre sa place dans celle, plus générale sur ce que certains appellent régulation et qui est habillé sous le joli mot de neutralité. La neutralité est une notion bien comprise et claire pour les acteurs du net. Mais pour les autres, il y a cette fausse idée que le net est une zone de non-droit. Il ne l’est pas, enfin pas au sens propre où on a tort de vouloir le comprendre, il l’est au sens où il échappe à la régulation relative aux biens publics …

Tant Google que Facebook ont donné le bâton pour se faire battre, en prenant les utilisateurs pour des foules écervelées. On ne manipule pas les gens. On ne s’amuse pas, à leur place, parce que ça aurait un sens business de libérer toutes les données que les usages socio-numériques produisent, de le faire sans consentement. Un environnement social est un jeu et on ne change pas la règle du jeu sans que les joueurs ne soient d’accord.
Je m’attendais à ce qu’ils se prennent une bonne révolte dans la face, mais la nouveauté vient sans doute de la promptitude des politiques à s’en mêler, aussi. Dernier épisode en date avec cet appel des CNILs à l’attention de Google. Il devrait amener bien des responsables à réviser sinon découvrir leurs classiques de l’Informatique et Liberté. Mais il y a une autre signification.

Au niveau de massification où nous sommes, je crois que parler de régulation, vouloir faire des lois, ou des taxes n’est que l’écume des choses. Ça passera. Dans le fonds, le vrai mouvement c’est que nous parlons de bien collectif, sinon de bien public.

Cette approche du problème, Google la connaît déjà très bien. C’est celle qui lui vaut des tracas sur Google Books par exemple, celle qui fait qu’il s’en trouve parmi les gens de la chose publique à penser que la position acquise par Google en fait une sorte de service public planétaire. Quand on dépend trop de quelque chose, qu’il n’y a pas vraiment d’alternative et que la salubrité de la société et de l’économie en dépend, cela devient l’affaire de tous.
Google devrait être un service public. Mais un service public mondialisé, ça n’existe pas. En fait si, cela existe déjà à travers les ONG et Wikipedia est sans doute le premier et principal exemple de gestion collective du bien commun digital et mondial. Mais dans le cas de Google, peu importe que ce soit opéré par une grande entreprise globalisée. Ce statut ne doit pas détourner notre lecture des choses. Google est un grand acteur mondial sur un domaine relevant de l’intérêt général.
Ne faut-il pas voir autrement le bras de fer avec la Chine ? Ne faut-il pas voir autrement son entrée comme acteur géopolitique ?

Prochain épisode avec Facebook. Il est acté que Facebook a gagné la position du compte maître, celle de hub social, pour l’occident en tous les cas. Facebook touche au monopole et va bientôt goûter aux exigences que cette position requiert.
On en a eu un avant goût avec l’épisode allemand. Les limites commencent à être dressées. Comme pour Google, les questions de transparence et de neutralité vont aussi commencer à sérieusement se poser. Et vous verrez qu’il y aura aussi bientôt un peu d’écume législative et sans doute aussi des idées de taxe. 3,6$, la valeur d’un fan dites-vous ?

Et la neutralité dans tout ça ? C’est là que j’en viens au sens de mon propos : je suis très étonné de n’avoir encore rien lu qui n’aborde la fameuse neutralité du web sous cet angle ?

C’est très bien de reparler de neutralité par rapport à la tuyauterie. On aurait juste aimé que ce soit une évidence tellement il s’agit d’un pilier pour le développement du net et du business.
C’est intéressant de voir tout le monde fabriquer des gâteaux et de les découper, mais on n’est pas que dans une discussion de part de marchés.
Mais quand je vois qu’on fantasme sur l’idée d’une initiative “libre” (les guillemets c’est pour la traduction toujours subjective de “free”) visant à doter les gens d’un boîtier de management de la vie privée, je me dis qu’on est bien dans une approche publique, au sens propre du terme, considérant les données personnelles comme devant bénéficier d’une politique et des moyens de l’appliquer. Dans un des tous premiers billets de ce blog, il y a 6 ans, à Hourtin, il était déjà question de lutte contre l’accaparement et la centralisation des données personnes. C’était pour la bonne cause de l’administration électronique aux bienfaits des administrés. Déjà à cette époque certains, dont nous, avions dis qu’il n’y avait pas de raison de faire comme cela et qu’une solution P2P ferait le job. On est encore dans ce débat et, entretemps, j’ai d’excellent souvenir à avoir débattu du web comme bien commun.

C’est inévitable de considérer certains grands services fondamentaux du net, sinon le net en tant que tel, comme du bien public et procéder à ce titre.
Nous n’avons pas conféré au web un rôle fondamental à l’individu au même titre ou presque que l’accès à l’eau potable pour ne pas traiter les choses sous cet angle.

En disant cela je ne prend pas une position militante. Je pose un périmètre et je pointe une question. Je me souviens aussi simplement avoir déjà eu ces discussions, être déjà passé par ces chemins et avoir fini par poser la question du bien commun et de ce que cela signifie. On est dans un éternel recommencement, personne n’a tranché ces questions, les enjeux ont juste grossis et il y a maintenant d’autres joueurs pour lesquels cette notion a une signification régulatrice bien particulière.
Ne nous trompons pas sur le sens des mots et sachons bien mesurer les conséquences qu’il y a à placer le digital en élément indispensable à la vie du citoyen du XXIe siècle. La neutralité, c’est bien plus que des tuyaux et la distribution du gâteau, c’est un cadre de confiance pour les gens au regard des services dont ils usent.

Facebook gagne de l'argent, mais ne rassure personne

Mar 4 2010

Donc, Facebook nous annonce gaiement qu’elle va sortir “environ” 600M$ de revenus, soit deux fois plus que l’année dernière.

Le détail s’avère aussi instructif que source de circonspection
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  • Facebook parlerai des marques comme “en situation d’expérimentation” (sic) dans l’utilisation des ses solutions publicitaires. C’est sans doute prometteur dans l’idée, autant que cela donne à penser en terme d’immaturité du modèle quand le marché attend des solutions claires et de la visibilité. Chacun appréciera.
  • On sera évidemment surpris par la faiblesse des Ads Microsoft. J’avais pour ma part zappé l’apparent retrait de la firme de Redmond à se servir de la plateforme en ce sens … Passons.
  • Désappointement total par contre, devant la dégringolade du marché des cadeaux virtuels. Considéré comme une véritable poule aux oeufs d’or, sinon carrément un vrai modèle de business il y a peu, ces résultats font l’effet d’une douche froide. Ça sent l’évaluation à deux balles et les changements de métriques. Ce n’est pas sérieux.
  • On notera enfin que le marché du social gaming est bien réel puisque c’est le premier centre de revenus de Facebook (quoi, vous ne jouez pas à FarmVille ?). De quoi s’interroger sur les récentes annonces de la firme visant limiter les notifications de ce centre de profit sur les murs, sans parler du potentiel inexploité des apps, sous-représentées dans l’interface au profit d’un suivisme de Twitter.

Au final, tout cela présente un paysage certes profitable, mais instable, flou et finalement incertain pour tous ceux qui voudraient fonder un business model là-dessus.

Il est utile de rappeler que Facebook a beau avoir levé (et grillé) 1,5Md$ de cash, l’entreprise n’est jamais entré en bourse et n’est pas cotée. Cela occasionne des sujets croustillants sur sa valeur supposée et alimente la chronique mondaine sur des spéculations de rachat. On a beau être des géants du net et appréhendé comme des grandes firmes planétaires, la communication financière et l’appréciation des résultats échappe aux règles et tient parfois plus de la PME que de l’éthique et des standards du business.
Cela explique sans doute à quel point on ressort de la lecture de ces chiffres et des appréciations qui s’y trouvent avec cette sensation de flou, d’amateurisme, de vaste bordel. On mesurera aussi combien rumeurs et spéculations fabriquent nuages de fumées et autres lanternes ayant pour réalité d’être des vessies. On s’interrogera enfin sur la solidité de tout cela.

Le leçon que j’en tire pour ma part n’est pas qu’il faut fuir à toute jambes et se priver d’un terreau d’usages sur lequel se retrouve, rien qu’en France, un quart de la population. Il faut “simplement” faire preuve d’agilité et, puisque Facebook nous y invite lui-même, à expérimenter, à être en mode web 2, le vrai, celui où l’avancement de l’investissement se fait au résultat. Reste, évidemment, à avoir un objectif et des indicateurs

Facebook,ou le crépuscule des geeks

Mar 4 2010

Ces dernières semaines, nous avons assisté à un petit événement lourd de significations. En lançant Buzz, Google a surtout laissé à penser que Wave était un flop et Buzz, un recyclage. Buzz a toutes chances d’être aussi un flop, car ce que cette histoire raconte, c’est celle de la fin de la domination de la geekerie, au sens d’une certaine complexité technologique.
La société de l’information n’est plus l’apanage des geeks. Elle s’est sacrément massifiée. Elle est aujourd’hui peuplée de vrais gens, non-technophiles. Même au sein des blogs, les geeks sont devenus une minorité et l’élite blogueuse geint de l’envahissement du péquin moyen et de ses réactions de comptoir. Il va falloir s’y faire.
Oui, les outils de Google sont fantastiques, ils sont modulables et distribués et complexes. Ils correspondent en fait à un public éclairé, ou à des travailleurs de l’information soucieux de leur productivité. Vous me direz que c’est un marché, et c’est vrai, mais ce n’est pas le marché de masse de l’internaute de base, je devrai dire celui de l’outillage digital de Monsieur tout le monde.

Le gagnant de ce marché s’appelle Facebook. Pourquoi ? non pas parce que Facebook développe un rythme de croissance insolent, non pas par sa taille, mais par la position centrale qu’il a acquis dans les usages numériques.
Monsieur tout le monde cherche sur Google tous les jours, a l’email que lui a mis dans les pattes sont fournisseur d’accès et s’est inscrit (ou va s’inscrire) sur Facebook.

J’ai moi-même régulièrement cogné sur Facebook, raillant le caractère “bas niveau” des usages et son côté bon à tout faire et à ne rien faire. Mais c’est une réaction de professionnel soucieux de productivité, pas de dillétante. Aujourd’hui, je dois constater que c’est une force. Facebook est une commodité et du loisir, et il est simple d’emploi.
Ses conversations ne valent peut-être rien, mais elles existent, massivement. Son modèle conversationnel est en phase avec les usages sociaux qui sont la modernité, là où l’email est vieux, trop sérieux, administratif.
Facebook, c’est aussi de l’engagement, assez faible et avec des usages très encadrés, mais c’est de l’engagement quand même, et de l’engagement massif. Facebook est un réseau social, il devient chaque jour un peu plus une plateforme d’engagement. La professionalisation croissante de ses outils marketing en témoigne. Le retour en scène des applications aussi.

Facebook est mainstream. Et ils ne sont pas légions à prétendre l’être. Apple l’est aussi à travers iTunes. Tous les deux ont la qualité d’être très intégré dans la proposition et en même temps très fermé. Cela fait l’objet d’une critique récurrente, émanant des geeks, sauf que cela semble visiblement satisfaire très bien monsieur tout le monde, qui se fiche des APIs et des paillettes.

Je veux évidemment parler de Facebook Connect, qui est selon moi la grande victoire dont Facebook peut s’enorgueillir et qui lui permet de voir loin.
Quand cette technologie, qui permet notamment de se créer un compte à travers son profil Facebook, est sortie, nous étions à la fois excités et perplexes. Excités par l’opportunité simplificatrice que cela représentait. Perplexe car, à l’époque, il n’était pas du tout certain que les gens acceptent ça, qui plus est alors que venaient de se dérouler des révoltes d’utilisateurs par rapport à de changement des règles du jeu de Facebook.
Quelques deux ans plus tard, force est de constater que ça marche magnifiquement bien. Que chaque jour qui passe montre que cette facilité est transformée par des publics tout sauf geeks. Pendant ce temps, OpenSocial, sorti en même temps, n’affiche pas le même succès.

Twitter et Google répondent très bien à ce que les geeks demandent, mais ils ne réussissent pas à se placer au centre. Facebook a gagné la position du compte maître, celle de la clé par laquelle l’utilisateur lambda développe des services et des usages.
En fait, Google partait de ce bon vieux principe que la base, c’est l’email. Facebook ne s’est pas construit sur la messagerie, mais sur l’outillage réseau personnel, l’outillage proximité pour être plus précis. C’est maintenant qu’il a une base installée d’utilisateur massive, maintenant qu’il capte presque 10% du trafic du web et presque autant de temps que nous le passions devant le 20h au siècle dernier, chaque jour, qu’il va se doter d’une (vraie) messagerie. Un outil périphérique en fait, certainement pour répondre aux attentes d’une population plus âgée et plus sensible à cet outil ancestral.

Facebook n’a pas la prétention d’imposer de la technologie, il apporte simplement, tant pour l’utilisateur que pour la marque, des outils simples pour travailler l’engagement et la connexion au réseau social. Zuckerberg avait fait son deuil de monétiser le social graph, la proximité personnelle. Il a réussi à en faire un terrain de jeu, il réussira peut-être à en faire un terreau de business. D’autant plus qu’il a enfin une machine rentable.

Sans doute que Facebook réussis dans une sorte de nivellement par le bas. Sans doute que c’est faible, pas bidouillable pour un sou, mais ça satisfait très bien monsieur Toutlemonde et madame Michu, tellement plus nombreux …

Au troisième âge de la démocratisation des médias

Feb 10 2010

Cela fait 3 ans maintenant que nous sommes entré dans l’ère du web social participatif. Celui qui a succédé au web 2.0, dans cette troisième phase de démocratisation des médias, après celle du microbloguing, à travers des plateformes de socialisation. Facebook,le premier du monde occidental parmi le millier de réseaux sur cette planète, a dépassé les 15 millions de membres en France le mois dernier, avec un rythme de croissance soutenu et un niveau d’usage imposant. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, mais finissent par se voir dans le paysage, nous amenant à modifier nos perceptions. Le monde n’a pas simplement changé à l’ère digitale, l’approche que nous avons de celle-ci est elle-même remise en cause. Il est temps de se remettre en questions.

Ami de la génération Y, ta mère est dans Facebook et ta grand-mère bientôt. Les 35-49 ans pèsent maintenant légèrement plus que les 18-34 ans en nombre et en usages, les 50-64 ans étant presque deux fois plus nombreux que les teenagers (source Nielsen).
L’internet vieillit ? Oui, surtout, il présente une structure sociale proche de la société en général. Quoi de plus normal alors que l’on attend sous deux ans le plafonnement de l’accès internet domestique en France. Pendant ce temps, on va encore entendre cette semaine qu’Internet, média de jeunes, est une zone de non-droit peuplé de pirates et de pédophiles. Oh, mais, on a le droit de se maintenir dans une faille spatio-temporelle à la fin XXe siècle, avec une grille de lecture obsolète, en se persuadant que fondamentalement rien n’a changé. Mais passons …

Si je m’en réfère à ces chiffres récents du PEW (US certes, mais assez pertinent en contexte occidental), le bloguing régulier toucherai un internaute sur dix environ. C’est une activité exigeante, de plus en plus professionnalisée, composante d’un écosystème média en recomposition.
Il est bien loin le temps de la blogeoisie. Le blogueur moyen français n’est plus un geek compulsif de sexe masculin, mais une femme traitant de loisir créatif. On peut trouver ça futile, mais cela revient à négliger que nous sommes entrés dans l’ère des passionnés de tous poils et que cela procède de vraies opportunités relationnelles avec monsieur ou madame tout le monde (voir ce qu’a intelligemment fait Fiskars aux USA – par exemple).

D’après le PEW, les jeunes américains bloguent donc moins (-50% / 2006). On peut par contre considérer qu’ils sont au maximum de ce qui est possible en terme de socialisation. Si je me réfère à de récentes discussion avec des animateurs jeunesse, ils y sont tous, à moins d’en être empêché par la fracture numérique (pas celle de l’accès, celle de l’équipement personnel).

Nous sommes à l’ère où ne pas être connecté relève de l’exclusion sociale. Et quand Forrester dit que l’Internet mobile va dépasser le domestique rapidement, ce n’est pas une vue de l’esprit. Le boom des smartphones ne concernent pas que les cadres, c’est un marché de masse. L’iPhone est partout et a déjà imposé une conception du marché (celui des applications) et de l’expérience (tactile), que l’iPad s’apprête à transformer en servant des besoins domestiques. Il est d’ailleurs peut-être temps pour nous, travailleurs de l’information et geeks, de considérer que notre jugement et notre appréciation de la technologie n’est plus dominante.
On est passé au véritable marché de masse. On trouve que l’iPad manque de features ? Mais est-ce qu’on a bien réfléchis à qui il s’adresse et dans quel contexte d’usage ? Pendant ce temps, en pleine logique geek, Google Wave ne fait plus une ligne et Buzz semble un relais de circonspection plus qu’autre chose. Gmail est-il un bon cheval pour de nouveaux usages ? Tout le monde sait que ce n’est pas un outil d’usages sociaux de masse, notamment chez les jeunes, sans parler de leurs parents. Vous aussi vous recevez chaque jour des interpellations business via la messagerie ou le tchat Facebook ?

Sommes-nous encore à l’ère où il s’agit de lancer de nouveaux produits cherchant de nouveaux usages, où s’agit-il de transformer les terreaux d’usages existants ? D’ailleurs, c’était ça la vraie leçon du web 2, non ?

Les jeunes bloguent moins. Le PEW confirme aussi qu’ils ne sont pas plus nombreux sur Twitter que dans des univers virtuels. Après le fameux débat d’il y a six mois, le bon sens nous ramène à cette réalité basique : Twitter, c’est juste 140 caractères, mais cela demande une posture personnelle construite, l’habilité à se projeter, ce qui reste l’apanage d’une minorité.
Et je ne suis pas surpris de lire que Twitter séduit plutôt des diplômés et plutôt des femmes. 10% de blogueurs, 20% de twitterrers parmi la population internaute adulte nous dit le PEW. Suivent les fameux conversationalists de Forrester, élargissant le scope au tiers, avec ceux qui mettent à jour leur statut. Une approche plus simple et moins éditorialisée, qui nous amène à l’usage généralisé : le néo-voisinage.

Ce que je pense fondamentalement, c’est que l’on se trompe à mettre des gens dans des cases correspondant à des outils. Ce qui a du sens, c’est celui qu’ils en donnent, ce qu’ils cherchent à faire.

A part une minorité apte à élaborer de la stratégie personnelle médiatique, le commun des mortel se contrefout de sa prétendue “identité numérique”, il ne la conçoit même pas. Et pourtant, il arrive aussi sur les réseaux sociaux et il s’équipe aussi d’iPhone. Il sait déjà que l’iPad existe parce qu’Apple sait lancer ses produits de telle façon que tout le monde en parle et y prête attention.

Fondamentalement, et on le voit massivement aujourd’hui, l’immense majorité de la population socio-numériquement agissante utilise le web pour maintenir de la proximité et voisiner, pas pour bloguer et avec une posture conçue comme médiatique. C’est ce que faisaient déjà les anciens jeunes à travers le SMS, MSN, en skybloguant et facebookant. Certes, il y a une frange, 10-20% donc, qui a un projet éditorial ou médiatique, et qui se sert du web pour atteindre et structurer une audience. Il n’en reste pas moins que la majorité des gens a toujours fait la même chose à travers les outils qui lui ont été proposé et que ce sont les outils qui changent et qui sont simplement plus performant, étendent le champ des usagers, pas l’inverse.

Je suis assez surpris de la posture actuelle consistant à dénigrer l’apparente faiblesse de valeur de ce que les masses font dans Facebook ou le reste. Sans doute est-ce la fin d’un vieux mythe du “tous blogueurs”, de la doxa, d’une certaine idée de la Société de l’Information, d’un autre je ne sais quoi. Oui,