Qui tuera les cristaux liquides ?

Feb 7 2012

Qu’il est loin le temps où la sortie de l’iPad avait suscité un léger flottement dans le microcosme, au motif qu’un iPhone géant ne servait à rien, suivi par un autre flou sur le fait d’avoir de simples adaptations des apps sur tablette par rapport à celles pour smartphone. C’est d’usages dont il s’agit et l’enjeu c’est l’interface et la sensation de contrôle qu’elle installe.


LE CES AU RÉVÉLATEUR

Dans son toujours aussi magistral rapport sur le CES, O. Ezratti pointe une lame de fond dont je ne doute pas une seconde : la prise de pouvoir de la tablette et surtout du smartphone comme console. Alors que les fabriquants de TV connecté ont chacun leur standard et leurs partenariats, certains ont bien noté que la convergence avait déjà lieu depuis la tablette ou le smartphone. C’est là que se déplace la consommation de contenu originellement sur la TV, puisque toutes les chaînes y sont, de même que la VOD, sous le doigt dans une seule et même interface. Bientôt 20% de la consommation des chaînes TV française sur la télé de remplacement me souffle-t’on dans l’oreillette ? Et combien quand ceux qui ont gagné une tablette ou un smartphone auront appris de leurs aînés. On dit que 2012 sera l’année des TV connectées ? connecté comment serait plutôt la bonne question ! Avec un boitier Apple TV et surtout AirPlay, cela fait un moment que la TV n’est plus qu’un écran sur lequel projeter quelque chose…
Par ailleurs, le fait le plus troublant relevé par O. Ezratti serait la position singulièrement favorable de Microsoft, au détriment de Google, grâce à la Xbox et Kinnect. Mais c’est un signe de plus que la convergence se fait à l’extérieur.

LA CONVERGENCE PAR L’UTILISATEUR LUI-MÊME

Comme je l’ai dis à Pau, la clé de la compréhension des technologies n’est pas dans les outils, mais dans le code de comportement et de valeur qu’ils transportent. Ce code est très différent sur tablette et sur smartphone.
La tablette remplace l’ordinateur, et c’est le signe que ce dernier n’est plus pertinent que comme ce qu’il est – une machine pour travailler – alors que la majeure partie du temps que nous passons chez nous relève du loisir et de commodités pour lesquelles il n’est pas judicieux de nous renvoyer à la notion de travail.
Le smartphone, c’est autre chose. L’usage n’a rien à voir avec la tablette. Cette dernière n’a de mobile que fondamentalement le fait de partager la même technologie. Mais ce dernier est autre chose : c’est une prothèse qui nous augmente. Parce que l’usage mobile se fait dans des entre-deux, souvent avec une précarité du réseau et de la pression de la proximité de la foule, l’application mobile n’a de sens que si elle produit du résultat vite et bien. C’est la raison pour laquelle les applications complexes ont du mal et que les petits malins qui ont fait des collections d’applis ont du résultat. Un usage = une application. Le mobile n’est pas un ordinateur, c’est une caisse à outils, un kit qui résolve nos problème d’un simple geste.
Tout devrait marcher comme ça. Le caractère sensuel et “magique” de l’action des doigts nous fait aimer ce mode de contrôle d’interface. Il nous donne une impression de puissance, au moins d’efficacité. Enfin, il doit nous donner cette impression puisque là est l’enjeu d’une bonne application.
Pourquoi alors chercher ailleurs la prothèse qui augmente l’homme alors qu’il l’a déjà dans les mains ? L’enjeu maintenant, est que celle-ci contrôle du matériel, prenne par exemple la place de cet écran dans mon véhicule pourtant d’une certaine hauteur de gamme, et qui n’a que peu changé depuis le siècle dernier. Qui tuera les cristaux liquides ?
J’ai d’autant plus envie de connecter des objets à ma prothèse que cela me donnera le sentiment de me brancher à eux. Avec l’idée que, parce que j’ai déjà Facebook et Twitter dedans, cela sera facile à ce que l’objet devienne social. Vous vous souvenez du Web au carré ? On y vient. Il faut un peu de patience attendre une massification plus grande encore de la prothèse…

Je vous présente Thomas Suarez, Mobile Native

Nov 10 2011

Après les Digital Immigrant, les Digital Native, nous allons faire face à une nouvelle génération que j’appelle les Mobile Native. Si vous voulez savoir à quoi va ressembler l’avenir je vous invite à découvrir Thomas Suarez, 11 ans, qui vous explique avec une aisance bluffante toute la dextérité qu’il possède déjà à développer des applications mobiles juste pour le fun. Son objectif : continuer à animer son club de technophiles dans son école, coder pour le plaisir, s’intéresser aussi à Android.

Etes vous prêts à accueillir les Mobile Native à la tête de vos entreprises ? Je vous conseille de vous y préparer en commençant à muter comme dirait Alexis. 

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Big Data et autres enjeux des services d’extension de notre cerveau

Sep 28 2011

Alors que j’étais en voiture (et pas dans un train, pour une fois), en route vers Bordeaux, j’écoutais la “Tête au carré” d’hier, qui portait sur la possibilité que des neutrinos dépassent la vitesse de la lumière. Oui, vous savez, l’annonce faite par le CNRS/CERN vendredi dernier et qui a fait couler beaucoup d’encre. Dans cette émission réjouissante, le responsable de l’équipe qui avait fait la mesure était venu expliquer et discuter de l’expérience, avec d’autres scientifiques et les auditeurs, dans un bel exemple d’humilité du scientifique conscient que la science n’est jamais exacte, et ayant épuisé les vérifications pour son compte, verse le contenu au monde afin que chacun puisse en juger et voir s’il n’y a pas un détail obscur qui lui aurait échappé. Car, dans cette affaire, tout est question de marges d’erreurs et de l’existence ou pas d’un facteur ignoré qui aurait faussé la mesure.

C’était passionnant, accessible et presque jubilatoire et je m’en suis rappelé en lisant hier soir ce papier de TechCrunch consacré aux Big Data, d’une part, et en partageant cette infographie de Onlinecolleges sur les services d’externalisation de capacité cérébrale que représente Google.

Big Data, the next big thing

Les discussions sur le Big Data ne sont pas nouvelles. Il y a un vrai affrontement entre les tenants d’une théorie que les données détiennent la vérité et qu’il n’y a qu’à presser le citron pour la faire sortir, et ceux qui soutiennent, j’en suis, qu’à ignorer l’environnement et le contexte de capture des données, on risque de leur faire dire tout et son contraire. Allez lire les 6 provocations aux Big Data de Danah boyd et Kate Crawford, reprises et traduites sur InternetActu, Ça a déjà deux ans d’âge et ça n’a rien perdu de sa pertinence.
Les données sont un potentiel et c’est ce que l’on en fait qui compte. A ce titre, le vrai sujet que tout le monde a compris, c’est que les données sont LA nouvelle ressource économique de l’économie digitale. Et c’est là que l’infographie ci-jointe est bonne à illustrer quelque chose, même si le logo Google est un peu seul et qu’il devrait y en avoir des centaines, celui de Facebook notamment.

 

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Social Media Revolution

Jun 29 2011

Based on #1 International Best Selling Socialnomics by Erik Qualman this is the latest in the most watch social media series in the world.

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Et si la TV était sociale avant d’être connectée ?

Mar 9 2011

La télévision est au centre de toutes les attentions, l’objet de toutes les convoitises, au cœur d’une bataille très disputée… En effet, après une longue phase d’ignorance mutuelle, de mépris et d’observation, la télévision et internet vont se marier. C’est inéluctable. Cela soulève deux questions. L’une porte sur les usages, l’autre sur le modèle économique. C’est naturellement la seconde qui gouverne les esprits. Si les recettes publicitaires sur le web ont connu une très forte croissance, nous sommes encore bien loin du gigantesque gâteau de la publicité télévisuelle, une économie (encore) florissante mais déjà bousculée que le web regarde comme une grande opportunité.

Les chaînes sortent aujourd’hui de la télévision pour aller sur d’autres écrans, soucieuses de bien verrouiller le tuyau des contenus et des revenus publicitaires. Ce mouvement s’inscrit dans une tendance de fond : faire rentrer le web dans la télévision en la connectant. Constructeurs, géants du digital, fournisseurs d’accès et même certaines chaînes se disputent ainsi la place du meuble sous le téléviseur, à grands coups de « boxes ». Cependant, l’offre reste disparate et manque de convergence dans un marché qui reste en forte croissance avec une demande de plus en plus importante de la part des consommateurs pour des flux vidéos de toutes sortes que ce soit via la vidéo à la demande ou encore sur mobiles…

Télévision connectée ou « à l’ancienne », la télévision fonctionne quand elle capte un maximum d’attention du téléspectateur. C’est sa force et sa faiblesse. Le fait que la télévision « sorte de la télévision », suive le téléspectateur sur d’autres écrans ou il se connecte, ne réinvente rien en soit. Les écrans connectés sont de fait déjà une norme.

Alors quelle est la véritable révolution ? La télévision n’est en fait pas simplement « connectée », elle est « prolongée ». Les téléspectateurs utilisent aujourd’hui Facebook ou Twitter pour commenter en direct avec leurs amis leurs programmes favoris. Sur les grands rendez-vous – un match de l’OM, le tournoi des 6 nations ou un épisode de Plus belle la vie – le phénomène a pris une ampleur considérable. De même de plus en plus nombreux sont les téléspectateurs qui souhaitent partager la liste de leurs programmes favoris. Le magazine TV de demain est donc déjà réinventé : ce soir, vous regarderez ce que vos amis regardent et non plus les programmes imposés par la politique éditoriale des chaines…

Ainsi, est ajoutée à la posture de téléspectateur traditionnelle une expérience sociale qui décuple le plaisir de la consultation et assouvit un besoin de commentaire, participation, débat, et de partage. Réseaux sociaux et phénomènes de socialisation numérique sont de fait un formidable levier de valorisation pour la télévision et surtout une immense opportunité de fédérer plus que de l’audience, de générer de l’appartenance, de l’engagement. La télévision sera de moins en moins uniforme et linéaire pour évoluer vers quelque chose de vivant, une communauté active de téléspectateurs.

Dans ce contexte, les chaînes traditionnelles ont encore une avance concurrentielle puisqu’elles conservent – pour combien de temps ? – les droits des grands événements (compétitions sportives, concerts, …), des programmes et séries en première diffusion. Mais cette accoutumance – il est vrai déjà mise à mal par les « boxes » – devrait rapidement prendre fin. Les nouveaux formats de séries apparaissent sur le web, la vidéo s’y réinvente et l’internet a supplanté la télévision en termes d’influence sur l’acte d’achat. Le jour où les acteurs de l’Internet feront une vraie proposition de culture et de divertissement avec des programmes exclusifs et une ligne éditoriale, le tout accessible facilement, il se passera quelque chose d’une violence aussi inouïe que celle qui a bouleversé l’industrie musicale.

Et pour les acteurs historiques du canal hertzien, l’avenir passe très certainement par un positionnement sur des contenus live, originaux et exclusifs, couplés au second écran dans les mains d’un utilisateur sur son canapé engagé dans une expérience de socialisation et d’échange avec ses amis via sa tablette ou son mobile. En parallèle, de nouveaux acteurs développeront un autre modèle économique basé sur l’accès à un catalogue infini et intelligent de vidéos à la demande contextualisées à nos goûts et comportements sociaux déterminés.

Sur cette seconde expérience tout est à inventer et les chaînes ne peuvent s’appuyer sur leur culture initiale ni compter sur leur puissance dans la mesure ou des acteurs globaux comme Google, Apple ou Facebook seront des compétiteurs redoutables déjà bien installés dans les usages. Ce Yalta concurrentiel aura-t-il lieu ? Nul ne le sait, mais la guerre froide a déjà commencé. Bienvenue dans une économie de l’attention.