July 4, 2005

Gandi ou la fin d'une époque

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amo@emakina.fr

Vous le savez, l’annonce de la vente de Gandi a secoué le net plus particulièrement la blogosphère. Des Internautes se sont immédiatement mobilisés. Pour ceux-là, il s’agissait de sauver une sorte d’ilot antilibéral dans un internet bien trop marchandisé à leur goût.
Dans L’interview qu’ils accordent à Cyril Fiévet et Jean-Marc Manach, Valentin Lacambre et Laurent Chemla se donnent le beau rôle. C’est de bonne guerre, mais c’est surtout révélateur, comme ils le laissent eux-même entrevoir entre les lignes, que l’on a changé d’époque.


Comme ils l’admettent eux-même, Gandi était une entreprise comme les autres. Quoi que l’on pense du libéralisme ou du capitalisme auquel il renvoi, les expériences entrepreunariales contenues dans cette interview montrent bien qu’il faut gagner de l’argent pour que l’aventure se poursuivre et que le débat est de savoir qui l’on sert et ce que l’on fait avec le profit d’une part et comment cela est utilisé en terme de marketing éthique ou politique d’autre part. C’est un constat un peu cru, mais tant pis. Gandi comme ses fondateurs revendiquent bien un rôle militant et l’image qui en résulte est tout de même le pilier de leur démarche. Devoir convaincre, c’est être en situation de concurrence et faire preuve d’esprit de compétition.
À les lire, il me semble qu’ils admettent eux-même que leur création n’était plus en mesure d’évoluer comme ils l’entendaient et surtout de grossir suffisamment pour satisfaire leur souhait d’en faire un véritable modèle de capitalisme alternatif. Dans les commentaires, Pierre Beyssac évoque la tentation du monopole et elle est effectivement sous-jacente dans beaucoup de discours alternatifs, tout comme elle est la finalité du libéralisme pur et dur. Tout le monde a envie d’être le numéro un et c’est frustrant de voir que ce n’est pas (plus) possible. Et s’il est est un domaine où les choses sont bien organisées et bien concentrées, c’est effectivement celui des registrars. Dans le fonds, le plus dur, c’est sans doute qu’il est effectivement lucide de penser que Gandi ne faisait (plus) d’ombre à personne.
Mais s’il y a un échec qui apparaît dans cette histoire, c’est celui du modèle. Valentin Lacambre et Laurent Chemla nous disent que Gandi a été mal construit et mal pensé en terme de structure.
Effectivement, Gandi était une simple SARL, un modèle d’entreprise élémentaire, parfaitement en phase avec son époque, celle du foisonnement d’initiatives économiques pionnières (et individuelles), liée au décollage de l’économie du réseau durant les 90′. Depuis, la phase de consolidation a eue lieu, nous sommes maintenant dans la massification. Or, celle-ci permet d’autres initiatives, citoyennes et coopératives, en témoigne le succès d’acteurs comme Ouvaton, fort justement cité. Si c’était à refaire, Gandi serait une SCOP, mais il est trop tard pour cela et la revente ne permet pas à un acteur de ce type de reprendre le flambeau.
Cette histoire est vieille comme le monde et beaucoup de gens qui croyaient dans Gandi peuvent se sentir triste voir trahis. Il n’empêche qu’il ne faut pas se laisser gagner par le pessimisme. L’innovation provient d’abord et avant tout des usagers et ceux-ci savent tirer parti du réseau pour bouleverser les approches économiques.
Car il ne faut pas se tromper, il y a des transformations économiques en cours et à venir grâce au réseau, mais il est vrai que ce n’est plus dans les couches d’infrastructures.

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