January 19, 2006

Le web 2.0 est-il compatible avec le devoir de réserve ?

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amo@emakina.fr

La nouvelle de la révocation d’un proviseur de l’éducation nationale à cause de son blog, et surtout de ce qui s’y trouvait, suscite une assez forte émotion cette semaine.
Cette affaire a tous les ingrédients qu’il faut. La révocation est motivée par la présence de contenus jugés “pornographiques” sur son blog. Or, l’intéressé est homosexuel, son blog anonyme et en le révoquant l’institution a défloré l’anonymat de l’intéressé et précipité la blogosphère sur l’affaire. Le caractère pornographique est mis en doute par beaucoup, pointant surtout la confusion des genres entre les fameux contenus et l’orientation sexuelle qu’ils sous-tendent et les réflexions sur son métier et l’institution porté par l’intéressé.


C’est en effet sur ce point qu’il y a beaucoup à dire. Car c’est bien au titre de son obligation de devoir de réserve que ce fonctionnaire blogueur a été révoqué. Cela me rappelle la fermeture du très croustillant blog de ce fonctionnaire de DDE à succès et il faut croire, avec cette affaire, que l’anonymat ne suffit donc pas et qu’un fonctionnaire a tout intérêt à parler de tout sauf de son métier et des institutions. Voilà qui n’est pas une bonne nouvelle au développement des nouveaux usages coopératifs en ligne dans et autour de la fonction publique et je m’interroge évidemment sur le secteur de la recherche et de l’enseignement qui pourtant gagnerait à s’en servir. Cet exemple illustre donc bien que l’organisation doit s’adapter pour profiter des nouvelles opportunités des TIC.
Bref, on en parle beaucoup sur le réseau, maître Eolas se fend d’une lettre ouverte à Gilles de Robien et la victime est elle-même interviewé sur Pointblog.

l’homme dans la lune

Oh proviseur My proviseur
La blogosphère se soulève contre la révoquation d’un proviseur, blogueur, homosexuel.
Nombreux sont ceux qui craignent que ce jugement ne fasse jurisprudence, sur l’homosexualité ou sur de droit de dire du mal ou du bien de son employeur en ligne.
Il me semble que la question n’est pas où on le pense.
Pour avoir lu de larges extraits de ses textes, il ne me semble pas qu’il s’agisse d’une sanction anti-homosexuelle. Peut être qu’il y avait des photos, ou des mots très crus, mais il me semble que les erreurs de « garfield » se trouvent ailleurs.
Se raconter sur internet pose problème quand on est en position de commandement et que son anonymat n’est pas préservé. Les réflexions générales d’un proviseur ou d’un enseignant peuvent être passionnantes tant qu’elles ne mettent pas en cause directement des personnes qui ne peuvent répondre ( l’intendant dans le blog de Garfield ).
Une autre frontière invisble, bien plus grave, me semble avoir été franchie. Le simple fait de parler de sa sexualité et de son goût effectif pour des personnes plus jeunes, quel que soit leur sexe, rend envisageable une transgression majeure pour un enseignant. Le maintien d’une séparation absolue entre sa vie amoureuse personnelle et privée et une fonction d’autorité sur des jeunes me semble essentiel. L’anonymat mal protégé de « Garfield » rendait cette frontière plus floue.

Jean-Luc GRELLIER

S’il s’agissait d’un commentaire impartial je serai prêt à l’écouter… mais je doute après avoir parcouru votre blog que tel soit le cas… mais peut-être que je me trompe ?
Il y a bien plusieurs débats dans cette affaire :
– tout d’abord, et à partir du moment que l’on ne transgresse pas une loi, que l’on reste anonyme et que le sujet principal de votre blog est votre vie privée, peut-on vous révoquer de votre travail ?
– Oser dire que l’homosexualité n’est pas au coeur de cette affaire c’est avoir une vision des choses bien étrange… en tout cas différente de 95% des personnes qui connaissent bien le blog de Garfield.
Peut importe la jurisprudence ou non… là n’est pas le problème. Le problème est aussi celui de la protection de la vie privée etc. Jamais personne n’arrivera évidemment sauf retournement de situation à prouver qu’il y a là dessous de l’hommophobie… mais le doute est permis….

Alexis Mons

Mon propos portait plutôt sur le devoir de réserve et les blogs, sujet qui dépasse ce cas, aussi caricatural soit-il.
Toujours est-il que le Monde lève le voile sur le scénario de l’histoire http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-732900,0.html
Dernière minute : on apprend aujourd’hui que la révocation ne sera bientôt plus d’actualité : http://www.pointblog.com/past/2006/01/20/proviseur_blogueur_revoque_sanction_adoucie_.htm (via PointBlog)

lhommedanslalune

Ma réaction est une vision de cette affaire, et une réaction face à des commentaires qui me semblaient négliger certains aspects. Le fait que je sois par ailleurs hostile aux revendications de l’homosexualisme politique, qui ne m’ont pas semblé présentes chez Garfield ne devrait pas être un signe d’absence d’objectivité dans l’analyse. Après unea nalyse “objective vient le temps des choix, qui se font sur des échelles de valeurs et non sur les faits en eux mêmes.
Bonne route sur le net

Alexis Mons

Comme annoncé, la révocation a été transformée en une suspension d’un an dont six mois avec sursis. Constat sur Embruns http://embruns.net/actus-et-opinions/garfieldd_sanctionne.html et analyse à lire chez Maître Eolas http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2006/02/03/282-affaire-garfieldd-suite-et-fin .

Laurent Pot

Le débat est au niveau de la définition archaïque du droit de réserve et de la déférence dont les fonctionnaires doivent faire preuve auprès de leur institution et leur hiérarchie, telle qu’indiquée dans leurs obligations.
Le blog ne fait qu’appuyer là où ça fait mal : il met en lumière ces obligations d’un autre temps qui passent assez inaperçues d’habitude car chaque fonctionnaire n’a pas un journal ou une chaîne de télé pour dire ce qu’il pense. Mais d’un seul coup, en bloguant, sa prose peut virtuellement être lue par des centaines ou des milliers de personnes à la fois. Et c’est ça que notre belle Administration ne tolère guère. Il ne faut pas dévoiler ce qui se passe. Il ne faut pas poser les problèmes. Il ne faut pas dialoguer et coopérer, surtout avec des personnes extérieures qui pourraient pourtant apporter un éclairage nouveau à une problématique posée.Il ne faut pas émettre d’avis. Il faut suivre, simplement. Et attention à ceux qui violeraient la règle et son interprétation. Garfieldd en a fait les frais, mais il n’est pas le seul.
Alors quant à faciliter le débat, ça c’est encore une autre histoire… Avant que le web joue ce rôle, il faudrait d’abord qu’il y ait une véritable volonté de débattre et de laisser les gens du terrain s’exprimer, donner leur avis. Je ne pense pas qu’on en soit là aujourd’hui. Alors les usages coopératifs, certes, mais certainement avec du contrôle et de la modération, j’en ai bien peur!
L’espoir réside cependant dans ce que le web reste incontrôlable, et la vague des blogueurs ou personnes qui communiquent via le net grossit et continue sa trajectoire. Comment dès lors pouvoir contrôler tout ce qu’il s’y dit? Comment empêchez que les gens participent, s’ils en ont envie, à cet espace de liberté d’expression?
Pour terminer sur l’affaire Garfieldd, c’est un outing scandaleux doublé d’une volonté de nuire implacable qui a conduit à sa révocation. Le ministre a désavoué la personne responsable en cassant cette décision, mais malheureusement, pour l'”honneur” de l’institution, il ne pouvait pas revenir trop en arrière. la sanction finale reste particulièrement disproportionnée par rapport à la soi-disant faute commise au regard de sacntions moindres infligées dans des affaires beaucoup plus graves.

Jean-Luc GRELLIER

Tout le débat, c’est est-ce que la liberté d’expression peut prendre le pas sur le devoir de réserve… à mon avis non… mais le devoir de réserve ne doit pas nuire à la liberté d’expression : aïe ça se complique !
Il y a un postulat à tout ça que nous avons déjà évoqués en d’autres temps au sujet des blogs : ne jamais mélanger vie professionnelle et vie personnelle ! En ce qui me concerne, il y a peu, mon blog a été cité dans la presse régionale… je n’ai absolument rien à me reprocher, je parle sur mon blog, de mes passions, des TIC, d’internet etc. mais ma ligne de conduite est de ne jamais parler de près ou de loin de mon travail ou de mon employeur. Je parle du sujet qui fait mon travail de tous les jours : les TIC, internet etc. mais jamais de mon job en tant que tel. je dois quand même avouer que ce matin là, je m’attendais à un coup de fil, ou au minimum à des réflexion… résultat : rien !
Le fait de pouvoir tout à coup parler de tout et de rien a fait que certaines personnes (notamment des lycéens ou collégiens) ont franchis la ligne jaune… après, ce qui arrive à Garfield est la preuve qu’il n’y a pas vraiment de liberté d’expression… mais il n’y a pas de solution miracle, le curseur est difficile à placer globalement. Il y a un curseur individuel, en fonction de chaque individu et de sa place dans la société…