May 14, 2006

De la légèreté des appels à projets…

Posted by

Webmaster

Est ce que vous avez suivi les échanges de commentaires sur mon billet sur Martin Varsavsky ? Non ? je vous propose un petit résumé qui fera écho à des propos souvent tenu par Alexis sur Quaero et d’autres projets soutenus par les fonds publics.

Technorati Tags: , ,

Tout commence jeudi 11 mai 2006 à 13:15, Olivier Zablocki réagissait à une partie de mon billet, un clin d’oeil à RadioPhare un de ses projets qui a l’époque m’avait séduit tant par son ambition, son originalité que par la vision qui l’animait. Olivier profitait de cette tribune pour nous parler d’un nouveau projet, enthousiaste comme à son habitude :

… nous venons de boucler le dépôt d’un magnifique projet de recherche RNRT/ANR en coopération direct avec FON et l’UMIH (Union des Métiers et Industries de l’Hôtellerie, 80.000 adhérents quand même). Le projet de recherche est piloté par l’Université de Lille 3, laboratoire GERICO, associé au COSTECH de l’Université de Compiègne, l’Ile-de-Ré est le lieu d’expérimentation

Le titre : ASULIX – Augmented Space Universal Local Interop eXchanger : Expérimentation de convergence des technologies de mobilité et du WEB 2.0 dans un cadre de développement rural orienté vers le tourisme (tous les détails dans les heures qui viennent sur un site public).

Au delà de l’idée exposée, il fallait retenir dans le propos d’olivier que le projet en question venait de faire l’objet d’un dossier en réponse à un appel à projet RNRT (Réseau National de Recherche en Télécommunications) / ANR (Agence Nationale de la Recherche). Ce type de dossier participe souvent d’une coopération publique / privé, il y avait donc de multiples acteurs impliqués : des labos de recherche, des entreprises, des associations inter-profesionnelles,… Cela représente a chaque fois, des heures et des heures de boulot, de négociation et surtout une recherche perpétuelle de compromis. Il faut se rendre à l’évidence, les acteurs impliqués n’ont pas du tout les mêmes intérêts contrairement à ce qu’ils affichent dans le dossier ! Certains luttent pour la survie de leurs laboratoires d’autres ambitionnent de créer des emplois. Certains amènent des idées d’autres une légitimité. Mais, tous ont besoins des autres pour que le dossier existe.

Le vendredi 12 mai 2006 à 23:48, olivier revenait sur notre blog avec cette fois un peu moins d’entrain :

Quelques heures après que j’ai vendue la peau de l’ours ici-même, le projet ASULIX a sombré sur une grave divergence politique avec le laboratoire de l’Université de Lille 3 (chef de file). Nous avons suspendu notre collaboration et plus encore le chef de file a décidé de retirer définitivement le projet de la compétition.

Pour information, il faut imaginer les bagarres et les luttes d’influence qui peuvent exister actuellement autour de ces appels à projets ANR/RNRL et cie. Le gâteau à partager est sans doute trop petit. J’avoue avoir pris une bonne leçon sur ce coup-là et je me dis, ce soir, que ce n’est pas vraiment là que se trouvent les ressources pour avancer. A ce compte là, je préfère jouer avec des investisseurs privés, ça va quand même plus vite.

Tout cela est bien dommage.

Est il nécessaire d’avoir de tels appels à projet pour faire se rencontrer la recherche, le tissus économique et les “porteurs d’idées” ? Ne pourrions nous pas trouver un moyen plus simple et surtout plus souple pour initier ce type de collaboration ? Mais, je me trompe peut être sur leur objectif. Au final, il ne s’agit ni de développer les compétences des entreprises, ni de stimuler l’innovation mais juste de subventionner la recherche…

Jean-Luc Grellier

Ah le bel exemple !
On constate bien souvent que les appels à projet sont là pour 2 raisons :
– des fonds européens à consommer
– un besoin d’idées sur un secteur afin de le faire bouger… il s’agit là d’un appel à idées
Malheureusement l’un et l’autre sont bien trop souvent le fruit d’une volonté d’affichage et non d’une étude d’opportunité réelle.
Alors que ce projet soit tombé à l’eau avant que des fonds trop importants soient engagé, est-ce vraiment dommage ? oui certainement pour ceux qui se sont investis pleinement et y ont passé du temps. mais quelss étaient concrètement les chances de réussite d’un dossier dont les protagonistes ont des intérêts différents ? A force de compromis sur de tels dossiers, l’aboutissement se fait bien souvent après des mois de négociation et le résultat est parfois très décevant et ne ressemble en rien aux objectifs.
Une solution plus efficace ? Mais oui être à l’écoute des entreprises, du tissu économique local définir le périmètre des besoins des entreprises, mettre cela en corrélation avec les appels à projet en cours et les projets de recherche. Mettre en place les outils et le contexte pour qu’une collaboration efficace se mette en place… rien de très compliqué en somme… mais les pouvoirs publics doivent accepter de se mettre en retrait. Ils doivent observer, préparer le terrain puis s’effacer sans en tirer de gloire ou de bénéfice en terme de communication. Le seul point positif pour eux est alors de voir travailler ensemble des secteurs clé de la vitalité de leur territoire…

Alexis Mons

Effectivement, cela rejoint en plein mes billets sur les politiques d’innovation.
Les appels à projets, notamment européen, c’est un vrai marché et pour y avoir joué dans une vie antérieure, il est plus “facile” d’être créatif et réactif pour monter des partenartiats sur des appels à projets annoncés que d’avoir un projet et de chercher comment le faire financer par ces mêmes appels à projets.
Les critères d’attribution étant ce qu’ils sont, d’une part il est compliqué de tomber en plein dedans et par ailleurs tout cela nécessite moults partenariats, si possible transationaux. Pour bien faire, il faut donc une veille efficace, un puissant réseau et une capacité de formalisation assez réactive.
C’est un outil de politique de la recherche qui s’oriente, comme chacun le sait au regard des débats de ces dernières années, vers une logique par projets. Avec ces modèles, on veut créer de la créativité et stimuler, mais qui finalement consomme beaucoup de temps et profite à ceux qui se sont fait un métier de chasser ce type de financement.
L’alternative est bien connue, elle passe par des fondations ou plus simplement par du financement privé. Mais cela se passe dans d’autres pays…
Accessoirement, je m’interroge de savoir pourquoi le projet d’Olivier Zablocki n’a pas bénéficier des expérimentations DATAR ces dernières années ?

Daniel

La critique des projets est assez facile mais le probleme n’est pas tant le mode de financement que les contraintes administratives.
Les projets RNRT souffrent surtout d’un gros manque de crédit et les universités françaises sont bien souvent peu enclines à travailler avec d’autres pays européens (reflexe franco français encore trop bien ancré…) surtout s’il s’agit d’entreprises !
Il faut aller chercher au niveau européen ou la compétition est apre et les budgets en berne avec la révision récente à la baisse et le manque de consensus suite au non français et néerlandais
Bref mauvaise passe pour le financement de l’innovation en ce moment. Pas pour autant que le coeur des projets présentés soit mauvais.

Christophe Routhieau

Daniel, il n’y a pas de critiques du projet, c’est juste une illustration des limites de ce mode de financement. Limites qui bien au delà de nuire aux projets, peuvent avoir une incidence sur l’innonvation en elle même, ou du moins ses conditions d’émergence et de développement.

Daniel

Dans cette note effectivement pas mais avec les critiques mélangées sur Quaero l’amalgamme est vite fait
De par le buzz même négatif qu’il sucite je suis sur que ce projet ne sera pas sans impact sur le monde des TIC
Au moins 50% des français n’ont pas encore utilisé Google de leur vie…

olivier zablocki

Pour répondre à la question d’Alexis : « Accessoirement, je m’interroge de savoir pourquoi le projet d’Olivier Zablocki n’a pas bénéficier des expérimentations DATAR ces dernières années ? »
C’est très simple à comprendre. Tous les projets de la DATAR ces dernières années, de la DIACT aujourd’hui, laissaient (laissent encore) l’initiative aux collectivités locales. Pour le dire vite, l’absurdité anti-innovante est de donner les clés de la fusée (patiemment construite) au pilote le moins à l’aise que l’on puisse trouver à la ronde.
Moralité, le pilote (le politique) privilégié par la DATAR n’ose pas assumer une expérience qui le dépasse et refuse de signer.
C’est parfaitement crétin. Les politiques locaux, vous le savez, ne brillent pas spécialement par leur vision prospective. Nous aurions besoin d’eux a posteriori pour valider ou s’approprier une expérience ; on nous les impose au début du processus. En un mot je n’ai jamais pu sur les différents dossiers proposés ces dernières années obtenir la signature du président de la communauté de communes de l’Ile-de-Ré (je ne parle pas d’argent, n’est-ce-pas, juste l’aval politique).
Et voilà pourquoi, Madame la République, votre fille est muette 😉

Alexis Mons

Merci de cet exemple qui ne fait qu’enfoncer un clou bien usé, celui qui affirme que sans vision politique bien ancrée, point de salut !

olivier zablocki

Je réponds à la question de Jean Grellier : « quelles étaient concrètement les chances de réussite d’un dossier dont les protagonistes ont des intérêts différents ? »
Concrètement, les chances de réussites du “projet”, en lui-même, sont considérables, bien sûr 😉 Et finalement nous vivons l’échec du “dossier” ANR & Cie comme un « bon coup d’pompe dans l’train » pour aller plus vite à l’essentiel (pardon, je parle mal).
Ce qui est “hors-jeu” maintenant pour nous c’est le complexe politico-institutionnel de la recherche officielle française. C’est d’autant plus vrai que, de notre part, nous n’étions pas spécialement attirés par l’effet d’aubaine financière ; plutôt “flattés” d’être associé à des laboratoires universitaires prestigieux (c’est une vieille faiblesse d’autodidactes que de se laisser flatter 😉
Bref, de notre côté, les partenaires industriels et économiques du projet sont toujours là, nous avons les moyens de nos ambitions. Nous savons maintenant que tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute… encore qu’il me semble avoir déjà entendu la formule chez un certain Jean de la Fontaine

Jean-Luc Grellier

Merci maître corbeau, et je vous souhaite de ne plus rencontrer de renard sur votre chemin… 😉
Cela vient illustrer quelquechose que j’ai déjà vécu de l’autre côté de la barrière… pas facile. mais si cela a donné de l’élan 😉 … à votre projet tant mieux et bon vent !

olivier zablocki

Ma foi, Jean-Luc, tes vœux étaient de bonne augure, car après quelques jours d’explications plutôt musclées, le projet ASULIX est sauvé, chacun a fait (divine surprise) l’effort de se comprendre et de dépasser les contradictions que le système français nous impose.
Merci au Groupe Reflect et à son blog, merci à vous tous car je tiens à souligner que l’opportunité d’avoir ainsi une discussion publique en pleine crise avec des tiers “étrangers” à l’affaire n’est pas du tout pour rien dans la résolution du conflit et dans l’envie de chacun de se dépasser.
Dans tous les cas, j’en retiens que le sujet que nous abordons est effectivement très, très chaud, que la pression est énorme autour des appels publics et que le seul moyen d’y échapper est de se garantir le maximum d’autonomie et inlassablement d’en revenir à la seule chose qui compte : le sujet lui-même.
Amitiés à tous,