May 25, 2006

Les médias traditionnels invitent les blogs sur leurs sites

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Webmaster

Si vous vous intéressez à la blogosphère, vous avez pu constater par vous même que les médias traditionnels ignorent délibérement l’information diffusée sur les blogs. Je ne veux pas raviver le débat qui oppose ces deux formes de media, du professionnalisme affiché des uns à la spontanéité ou la passion des autres, non, je veux juste pointer quelques bonnes initiatives visant à montrer leur complémentarité.

Technorati Tags: , , ,

Je ne reviendrai pas sur tech.memeorandum qui nous permet de suivre des discussions dont le point de départ peut être un article issu d’un média traditionnel, ni sur newsvine qui propose d’agréger l’information “officielle” et celle des blogs sur un même portail en invitant les lecteurs à noter ou réagir sans faire de distinction (cf un de mes précédents billets), ni sur wikio (toujours en beta test, mais dont l’ouverture est pour bientôt dixit pierre chappaz) qui aspire l’information là où elle est, la qualifie et la restitue, ni sur toutes les autres initiatives similaires.

C’est du coté de Sphere et Technorati que les choses semblent bouger.

En effet, il y a quelques semaines apparaissait sur les articles du site Time.com le bouton Sphere It donnant à l’internaute un accès à tous les billets (de blogs) indexés par ce moteur en relation avec le sujet traité. Hier, Technorati annonçait une fonction similaire sur les sites membres du réseau Associated Press. Ces deux initiatives rendent donc visibles les blogs sur les sites des médias traditionnels.

Qui va réagir du coté français ? Wikio bien sûr ! non ? c’est le partenaire tout trouvé de nos grands quotidiens. D’ailleurs, il est peut être là le modèle économique de Wikio. Non ?

boris

Selon moi il n’y a jamais vraiment eu de polémique blog/presse tout simplement parce que les bloggeurs, ne faisant pas d’enquêtes de fond ont un besoin absolu de la presse, de la télévision, de la littérature… pour avoir quelque chose à dire (hors geekerie). Le débat amateur/professionnel spontané/réfléchi. Les uns créent et vendent de l’information, les autres la transforment et la commentent. Les uns ont un besoin absolu d’audience les autres en ont un besoin relatif. Pour les médias traditionnels tous les moyens sont bons, cette initiative de Sphere ou Technorati est pour eux un moyen parmi d’autres. Mais en aucun cas cela pourra constituer un modèle économique pour des initiatives comme Wikio ou Newsvine ne serait ce que parc qu’il s’agit là de projets quasi morts- nés.
Comme tu sites l’un de tes articles précédent et que cela me brûle un peu les lèvres, je me permet d’élargir un peu le propos voire une importante digression (je m’en excuse d’avance).
De façon très personnelle je pense que le web2.0 ne tend à démontrer qu’un simple fait, internet par opposition aux moyens de diffusion dits traditionnels ignore l’idée de constance et ne connaît pas de stabilisation technologique. C’est bien cela qui constitue à la fois sa force et sa faiblesse. Une force dans sa capacité à exister en transcendant les technologies ce qui lui confère un caractère indestructible (n’oublions pas que c’est l’une de ses raisons d’être); une faiblesse parce que son
caractère de caméléon rend impossible d’en délimiter un tracé établi ou des contour clairs, de le maîtriser et donc d’y élaborer des modèles économiques pérennes; on est en présence d’un ectoplasme autorégulateur, d’un être au physique et à la temporalité polymorphes (cf la Métis grecque).
Ce constat étant fait, il me semble que seule des initiatives ayant pris en compte ces caractéristiques propres au réseau ont une chance d’exister et de survivre.
L’idée ‘géniale’, ‘révolutionnaire’ n’est certainement plus ou pas le bon chemin, puisque finalement à peu de chose prêt on fait sur ce bon vieux réseau à peu près toujours la même chose: on réceptionne, on diffuse et on met en relation de l’information (au sens très large). On ne va donc pas réinventer la roue mais par contre il y a bien des choses que l’on peut faire mieux.
Il est donc impératif d’être rusé, doué de sens pratique et d’une adaptabilité à tout épreuve à l’image du réseau finalement. S’y fondre pour survivre.
La solution au problème est donc une approche très pragmatique, à court terme et avec une capacité
d’évolution permanente. C’est ce que semble avoir mis idéalement en pratique par exemple 37signals (petite équipe, design épuré en amont de tout projet, produits simples et fonctionnels, technologies maîtrisée et évolutive: RoR est leur framework maison).
Être petit, simplifier et rendre évident l’existant, ne pas dépendre de financement lourd et de revenus futurs et hypothétiques, pour proposer des produits qui rendent de réels services immédiatement sans spéculer sur un avenir forcément incertain puisque en perpétuel évolution.
Le modèle qui consisterai à dire je vais développer un produit fruit d’une idée géniale, trouver des partenaires connus ou des cobayes pour le tester, puis communiquer afin de trouver des investisseurs pour le lancer réellement, ne me paraît pas être la bonne démarche, ça ne l’était déjà pas il y a 5 ans et ça ne le sera pas aujourd’hui ni demain. Mais surtout c’est prendre le problème à l’envers (voir ce que j’expliquais précédemment) C’est pourquoi les Wikio et compagnie et beaucoup de produits estampillés web2.0 ont de très gros soucis à se faire et n’ont selon moi même pas la nécessité de se fatiguer à trouver un modèle économique… quelle approche ridicule !).
Je vous souhaite cependant bonne chance avec votre nouveau produit qui n’est pas forcément à mettre dans le même panier puisque il n’est pas un service en ligne et possède une orientation uniquement professionnelle. De plus le concept semble fort intéressant. Cela dit j’ai du mal à croire à l’heure actuelle à un produit qui ne soit pas en ligne et donc le concept ne s’énonce pas aisément. Je me méfie également quand on plaque la notion d’intelligence collective un peu à toute les sauces. Le concept est éminemment fumeux (le livre fondateur n’est guère mieux)… rien que les termes d’intelligence et collectif sont antinomiques… mais bon c’est mon petit point de vu et puis c’est encore un autre débat. Ne serait ce pas plutôt à l’entreprise d’aller chercher les outils dont elle a besoin en ligne plutôt que d’adapter ces outils pour les amener dans l’entreprise ? Encore un autre débat (lol) ?

Alexis Mons

Un commentaire vivifiant, avec de bonnes questions. Merci Boris.
Pour ce qui est de la presse, le problème est moins dans l’articulation à trouver avec les blogs que celui de changer d’époque et de faire évoluer son positionnement en phase avec les évolutions du public. Quand on a dit cela, on voit bien que le problème n’est pas nouveau, qu’il dépasse strictement la problématique internet et plus encore celle des blogs. Je dirai que ceux-ci sont une sorte de cristallisateur qui a l’avantage d’amener de nouveaux intervenants dans le jeu de l’information et que cela oblige à regarder le changement en face.
C’est d’ailleurs ce que semble faire la presse britannique, si l’on en juge par cette position qui m’a troublé par la question mais ravi de la réponse :
“What chance is there of successfully applying a set of statutory rules to information transmitted online – where anyone can be a publisher and there is no spectrum scarcity? None,” … “The only effective way of ensuring that online journalistic information is subject to certain standards is for those standards to be self-imposed.” … “Improvements in technology and the proliferation of news sites make the case for self-regulation, because they expose traditional legal forms of media regulation – rooted in the days when the small number of television channels needed to be licensed – as hopelessly inflexible, and easily avoidable.”
(propulsé par BuzzMachine)
Concomitamment au billet de Christophe, Emmanuel Parody publiait un billet ( http://blogs.zdnet.fr/index.php/2006/05/25/presse-internet-strategie-organisation/ ) faisant état d’un désordre créatif dans la recherche par la presse US de nouveaux modèles. Ce qui est sûr, c’est que personne n’a trouvé de vérité et que les blogs ne sont plus la question centrale, mais un des éléments du problème.
Cela n’empêche pas d’observer avec attention comment les choses s’articulent entre presse et blogosphère. Mais pour la presse, la question est plus large et elle est posée en terme de métier et de cohérence avec une société qui change, notamment par la montée en charge de la Société de l’Information.

etienne

salut, et bon lundi,
j’ajoute mon petit grain de sel;
il me semble effectivement que l’éventuelle concurrence presse traditionnelle / blogs relève plus de l’épiphénomène que de la cause.
La presse ne réussit toujours pas à passer d’un modèle de transmetteur quasi-unique de l’information entre les sources d’infos qu’elle juge pertinentes et le reste de la communauté à un nouveau modèle où elle n’est plus seule à valider et à transmettre. Cette problématique s’est posée déjà au début du web et les medias ont tergiversé un bon moment entre rejet, crainte, utilisation publicitaire, et support alternatif, pour arriver finalement à une valorisation qui n’est encore que partielle.
actuellement les blogs sont les plus à même de répondre à la demande croissante (voire l’appetit vorace) de news de la part du public. Ils sont aussi capables de fournir une information qualifié e (c’est ce que reussira sans doute à montrer Wikio) et très sectorielle ou spécifique, mais cela ne minorise pas la place de la presse professionnelle.
Le blogs ne font que remplir à une échelle élargie l’espace autrefois occupé par la transmission orale entre individus au sein d’une communauté géographique ou d’intérêt. La presse peut à mon sens toujours couvrir le rôle de passerelle entre communautés, avec sa mission d’analyse, de pédagogie, de mise en relation et de révélateur.
Nous ne nous heurtons pour le moment qu’à un pb de méthode et de support. Cela rappelle un peu la situation des éditeurs de musique il y a encore quelques temps, et cela évolue…
etienne

Jean-Luc Grellier

Boris : la notion d’intelligence collective intrinsèquement n’a effectivement que peu de sens si ce n’est d’un point de vue purement littéral : mettre son intelligence au service d’un collectif… nous sommes là dans le même business que pour le web 2.0, on donne des noms aux choses qui sont succeptible de générer de nouveaux marchés et donc de nouveaux profits. C’est sommes toute assez logique. L’intelligence collective a toujours existé, ce ne sont pas nos ancêtres qui se sont rendus compte que chasser à plusieurs était plus efficace qui diront le contraire 😉
En tout cas, merci pour ce débat très constructif !