April 4, 2008

Dorsal à la croisée des chemins

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amo@emakina.fr

Cela fait longtemps que je n’ai pas publié de billet sur Dorsal, le réseau d’initiative publique qui vaut au Limousin d’apposer son nom sur un modèle de projet répondant aux enjeux d’aménagement numérique des territoires. Neuf mois en fait, depuis un billet d’étape qui sanctionnait une date du calendrier et qui coïncidait avec la mise en opération effective d’une partie du réseau.
Depuis, je n’ai rien publié ici, j’ai par contre beaucoup ferraillé et débattu ailleurs car c’est peu de dire que le réseau ne manque pas de discussions. Je me suis surtout beaucoup investi au sein du petit écosystème dans lequel se trouvent Dorsal, ses élus, Axione et les opérateurs locaux. Il a fallu et il faut se retrousser les manches pour que ça avance.
J’ai encore et toujours la ferme conviction que ce projet est vital pour le Limousin et exemplaire du point de vue de la vision et de l’engagement. Mais en militant convaincu et eu égard à ce que l’on a cru et défendu, il faut rester exigeant et critique. Depuis la fin de l’année dernière, Dorsal a un nouveau directeur et verra très bientôt le renouvellement de sa présidence, ce qui marquera très clairement l’entrée dans une nouvelle étape. Il y a du travail et il y a surtout besoin de renouveler la vision et la politique menée puisque dorénavant, il y a un réseau en marche et des attentes très fortes sur ses bienfaits.
Comme tous ceux qui ont la conviction que le Limousin doit conforter son engagement à faire le pari de la société de l’information et de l’économie de la connaissance, j’attends beaucoup des signaux que Dorsal et sa nouvelle équipe vont émettre. Voici ici versé une contribution de progrès et d’exigence pour réussir le Limousin numérique.


Dorsal, c’est aujourd’hui un peu l’histoire du verre à moitié plein, ou à moitié vide, avec un bruit de fond très fort sur la seconde partie et une faiblesse incompréhensible de signal sur la première que je vais d’ailleurs m’attacher à combler ici.
Dans mon fameux billet d’étape, je me livrai principalement à une critique de la manière dont ce projet était conduit du point de vue de la communication et de la manière dont il existait sur le réseau. De ce point de vue, RIEN n’a évolué. Mieux, j’observe avec beaucoup d’intérêt se développer sous nos yeux une étude de cas tout ce qu’il y a de plus caractéristique des marques à l’heure du web moderne.
D’un côté, les supports officiels affichent des cartes obsolètes et proposent la version PDF de supports de com’ institutionnelle tout ce qu’il y a de plus réglementaires. Tout cela serait parfait dans le contexte du siècle dernier, mais nous sommes dans le suivant, à l’heure de la société de l’information.
Quand je dis aux élus que, plutôt que de chercher à créer des usages, il suffit déjà d’observer ceux qui existent, il leur suffit de regarder ce qui se passe sur le réseau avec Dorsal. Les usagers en souffrance se parlent et savent parfaitement tirer profit du web d’aujourd’hui pour partager leurs connaissance et la mettre en pratique. Pas de cartes fiables ? et bien le réseau produit ses propres cartes. Où qu’il en est le Wimax ? et bien le réseau a mené ses propres tests. On peut se plaindre que tout cela ne reflète pas la réalité, mais les questions posées sont bonnes et n’attendent finalement qu’une contradiction qui ne vient pas. De fait, le web bruisse de milles débats vifs et polémiques, où l’on réinvente la roue et les technologies, où j’ai moi-même été chahuté au regard de mon engagement au service de ce projet. Le réseau se parle et le débat permanent qui concerne ce projet a lieu, mais sans les porteurs de ce projet, il a lieu sur le web, pas dans la presse ou la communication institutionnelle. On ne dialogue pas sur une plaquette. Bref, je l’écris après l’avoir dis à plein de gens : les plaquettes de Dorsal sont bien faites, mais à l’heure du web 2, elles éclairent surtout des secrets de polichinelle et sont démontées en moins de temps qu’il n’en faut à la Poste pour les diffuser.
Un moment, j’ai même cru que ça aller craquer. Quand des élus, déstabilisés par la pression de citoyens bien informés, ont obtenu leur action d’urgence et que cela a évidemment fait tâche d’huile et de voir des plans d’urgence sortir du chapeau. Ça sentait l’improvisation.
Dorsal ressemble à ces marques dont les oreilles sifflent très fort de ce qui se dit d’elles sur le réseau, sauf que les marques, elles, ne sont pas la représentation institutionnelle d’un projet de développement numérique dont on attendrait qu’il soit exemplaire du point de vue de sa manière d’être sur le web. Un peu comme Dell en son temps, il n’est jamais trop tard pour ouvrir le dialogue avec le public. Celui-ci n’est pas en souffrance de couverture haut-débit, il exprime sa frustration de ne pas avoir de visibilité sur le quand et le comment celle-ci viendra à lui. Déjà, personne, pas même moi, n’a de certitude sur le contenu de la feuille de route entre Dorsal et Axione.
Tout cela est assez pathétique et je comprend la frustration des usagers en attente de réseau. Mais tout en soutenant leur action pour obtenir la transformation des promesses qui leur ont été faites, je considère pour ma part que le verre est à moitié plein.
Pourquoi ? et bien tout simplement parce que la promesse centrale de Dorsal, celle qui considérait le réseau comme un facteur de développement économique se réalise.
L’été dernier, j’étais avec d’autres un peu inquiet sur les signaux du terrain concernant ce fameux développement économique. Et puis on s’est tous un peu bougé, chacun y a mis du sien et aujourd’hui le fait est qu’il y a du résultat. Il y a des opérateurs locaux, il y a des acteurs du déploiement et de la maintenance des réseaux qui s’installent, il y a du business et de l’emploi qui se crée. Ça serait d’ailleurs bien de le chiffrer.
Oh, certes, ce n’est pas facile tous les jours. Axione a besoin d’entendre régulièrement qu’il faut se soucier des opérateurs locaux et veiller à ce qu’ils soient traités avec attention. Je crois surtout qu’il y a de sérieux progrès à faire dans la mise en oeuvre du réseau et que les problémes que l’on entend invite entre autres à avoir envie d’être petite souris pour savoir ce qui se passe vraiment dans les NRA de France Télécom, des lieux bien secret, où personne n’a le droit d’aller y voir. C’est bien dommage.
Les histoires drôles, ça va un temps, surtout quand il s’agit d’opérer des services et qu’un secteur d’activité se bât pour naître et grandir. Cela dit, je le dis ici d’autant plus fort que je ne le lis pas et que je ne l’entend pas : oui, il me semble bien que le pari économique se concrétise. Il est encore fragile et il doit être protégé, mais son cœur bat et il lutte contre l’adversité.
Et puis il y a aussi cette initiative de la Région Limousin de mettre en oeuvre un schéma territorial portant sur les Usages et Services TIC.
J’avais été particulièrement échaudé de voir si peu de choses apparaître sur la question numérique dans le travail prospectif Limousin 2027. C’était certes assez caractéristique de la manière dont l’économie de la connaissance et l’économie numérique en particulier a du mal à exister dans ce type d’exercice en France, mais pour une projection à une échéance qui coïncide avec le terme d’une délégation qui vise, justement, des résultats sur ce point, c’était éclairant de l’absence de vision partagée en terme d’usages et de services, justement. Il était donc important et heureux que la Région se saisisse de cette question afin de combler ce manque.
Les usages, ceux qui me connaissent le savent, c’est un de mes clous préféré sur lesquels je tape. Celui-ci m’avait valu de contribuer à Le défi numérique des territoires, je suis ravi de le faire dorénavant en région. Alors certes, le sujet arrive un peu tard, mais il arrive. Je vois bien dans les premières réunions que tout le monde ne comprend pas très bien ce que c’est que “les usages”, mais on est là pour en parler, tout comme du fait qu’il soit très important de s’inscrire durablement dans une approche d’observation. Voilà un sujet qui avance et je m’en félicite beaucoup.
Enfin, si le haut-débit c’est bien, le très haut-débit, c’est maintenant qu’il faut le préparer. La question numérique n’est pas réduite à un coup de collier, c’est une question durable de développement territorial.
Alors certes, de la fibre, il y en a déjà beaucoup dans le réseau actuel, surtout vers les lieux de l’économie et des services publics, mais chacun sait que je parle ici du développement du très haut-débit à l’abonné, ce marché émergent sur lequel se battent déjà Orange, Free, Neuf-Cegetel et Numéricable. Il y a encore un peu de temps devant nous considérant les blocages actuel que sont l’absence de consensus sur l’interconnexion techniques, de tarifs associés, outre les discussions sur les droits de passage dans les parties communes. Cela dit, il va être temps d’organiser la chose et pour l’instant, cela reste à construire et pour commencer à argumenter. Ce qui est sûr, c’est que le schéma Usages et Services revêt dans ce contexte une importance certaine, pour éclairer cette route-là aussi.
Etre enfin sur le réseau, soutenir une économie naissante, dégager une vraie stratégie sur la couverture numérique territoriale et éclairer son ambition sur la fibre, voilà quelques bons axes de travail pour Dorsal.
Cela dit, je suis un peu inquiet. Pour mener tout cela, mais aussi coller aux basques de son délégataire, auditer le réseau, porter la bonne parole aux quatre coins de la région, animer la délégation, les collectivités et acteurs qui s’y trouvent et les élus qui y siègent sans parler des autres, la délégation affiche un effectif toujours très resseré.
J’ai eu l’occasion de le dire et de le répéter à de nombreux interlocuteurs : l’équipe Dorsal apparaît vraiment sous-dimensionnée. Je veux bien qu’elle adopte un modèle fortement externalisé, mais 3 permanents c’est peu. Manche Numérique, qui a certes un pôle usages, mais qui ne couvre qu’un département, en affiche 18 et d’aucun vantent ses résultats. Je pense aussi au Tarn, pionnier s’il en est des réseaux d’initiative publique, qui affiche une belle équipe également.
Je ne suis pas loin de penser qu’une bonne partie du verre à moitié plein tient notamment à la faiblesse des moyens opérationnels du syndicat mixte, dans les limites de ses forces vives, dans un contexte, celui de la société de l’information et de l’économie de la connaissance qui va vite. Les autoroutes de l’information, cela n’a rien à voir avec de la voirie et des travaux publics, c’est autre chose et cela nécessite d’autres modèles d’organisation pour réussir. C’est à ce niveau que pour ma part, j’attend déjà un premier signal.

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