November 24, 2008

De l'émotif à l'informatif, l'email n'est que ce qu'il mérite…

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Webmaster

Pour faire écho au billet d’Alexis relatif à l’email et le prolonger, je ne peux que confirmer, moi qui suis sensée être proche de cette génération Y dont on parle, que l’email est le plus souvent réservé à des relations formelles et que mes boîtes sont effectivement souvent garnies au delà de ce que nécessiterait une info réellement utilisable. Mais il faut bien dire que l’usage informatif dans lequel se réfugie l’email est inscrit dans ses gènes.
En effet qu’est-ce que l’email ? Une forme écrite qui se transmet, plus ou moins bien rédigée, si possible sans fautes d’orthographe, mais déjà éloignée de l’écriture de par ses règles et sa structure, aussi par le fait que le support est dépersonnalisé. Disjonction du support d’écriture et du support de lecture, pas de papier ni d’encre, pas de toucher, pas de rature (hormis la biffure html volontaire qui prend un autre sens), pas de surcharge ni de tache, pas d’autre trace du sujet que celle de son esprit.
Par ailleurs, l’email ne se construit pas dans l’échange et n’exploite donc pas les possibilités de commutation en temps réel offertes par le réseau. Il ne s’adresse pas à une personne qui est devant son écran. De par cette interaction différée, il échappe à la temporalité du présent, à l’immédiateté et donc à la spontanéité de l’oralité.
De tout cela, résulte un affaiblissement de la présence du sujet qui affaiblit les capacités de l’email à créer de l’émotion. Une étude d’Epley et Kruger (Journal of personnality and social psychology/2005) est à cet égard révélatrice du handicap que fait peser sur l’email la disparition de la communication non verbale qu’il impose. Si 90% des sujets de l’échantillon étudié pensent avoir perçu correctement le ton d’un message donné, la vérification montre que seuls 75% l’ont réellement perçu s’il est sous forme vocale, et pire encore, seulement 56% s’il prend la forme d’un email.
Communiquer seulement par email serait donc prendre le risque de se priver d’une partie fondamentale de l’information qu’il ne peut se transmettre, la partie non verbale, corporelle et sociale, qui sollicite la sensation et l’émotion, lesquelles jouent un rôle essentiel dans la relation bien sûr, mais aussi dans les processus cognitifs. Ce sont les échanges interactifs en temps réel qui permettent le mieux les ajustements dans ces deux domaines.
Si l’on prend en compte la place (souvent jugée excessive) que tient aujourd’hui l’émotion dans l’actualité (qui n’est pas avare de cas) et dans les modes de vie des jeunes particulièrement, il n’y a pas de surprise à constater que comparativement à d’autres outils, l’email n’est pas un support d’échanges suffisant et même qu’il peut paraître être un outil de communication refroidie en quelque sorte, « outil de vieux » destiné à rejoindre dans l’esprit des nouvelles générations un autre outil de vieux (ou de très vieux) qu’est la lettre. A moins de le considérer comme matériau de création, il ne faut pas lui demander l’impossible, à savoir être autre chose qu’un instrument d’échanges à vocation informative…

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