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May 5, 2009

L'anthropologie au service du web

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amo@emakina.fr

Il n’est pas nécessaire d’attendre que les prédictions d’Adam Greenfield se réalisent. Notre métier est de penser en terme d’interactions et non d’interfaces. Quand je suis devant Facebook, je n’échange pas avec une interface, mais avec des gens, où plus précisément avec la projection médiatique que permet Facebook à ces gens.
C’est donc avec une joie non dissimulée que j’ai parcourue l’excellente topo de Lidija Davis sur ReadWriteWeb à propos de Stack Overflow. Des gens qui disent qu’ils pensent en terme d’interaction human to human, des gens qui ont une approche anthropologique des problèmes.


Malgré toutes les bonnes intentions, et tout particulièrement en France, les choses sont abordées sous un angle technico-fonctionnel, en d’autres termes “centré outils”. On peut dire ce que l’on veut du user-centric et autres choses orientées usages, le fait est que l’on aime bien jouer au garagiste et démonter la mécanique. Stack Overflow est à ce titre un terrain de jeu parfait. L’article précité décompose très bien que le site pourrait être vu comme un assemblage de fonctions récupérées à droite et à gauche. Du vote, des tags, des commentaires, etc. Sauf que la performance (bien soulignée dans le billet) n’a rien à voir avec telle ou telle fonction. elle réside dans le sens qui leur est donnée et la cohérence à des fins anthropologiques donc. Si l’on veut des dynamiques sociales, on veut voir l’émergence de ce que l’on appelle une société et alors, les instruments par lesquels ses individus vont échanger et vivre ensemble.
Il y a le même problème avec – par exemple – la performance politique de Barack Obama et le web social. Combien de papiers nous dressant par le menu le catalogue des éléments [tactiques] du dispositif (digg-like par ci, YouTube par là, Twitter ailleurs …), alors que le problème n’est pas dans les ingrédients du menu, mais dans l’alchimie de celui-ci en contexte et en phase avec les objectifs et le message.
Il y a déjà bien longtemps que j’ai moi-même entendu parler de synthèse créative et d’entendre raconter l’histoire de l’iPod, la même qu’a refaite Apple avec l’iPhone, celui d’un produit qui n’a AUCUNE innovation technologique en lui-même (les deux produits sont un assemblage de composantes parfaitement industrialisés), mais qui porte dans la combinaison proposée une proposition d’usages puissante et disruptive. C’est aussi la réussite de nos cousins de BlueKiwi, qui pourraient n’être perçus “que” comme un assemblage de blogs, de wiki et de fonctions sociales, alors que le résultat n’a juste rien à voir. Les features, c’est bien, mais c’est juste un tas de composants en tas.
Les outils n’ont pas d’idées, ce sont les gens qui en ont.
À ceux qui sont surpris de voir l’anthropologie associée à un instrument du web social au service de la geekerie experte, ou à bêtement de l’informatique, je dirai qu’il n’y a rien d’étonnant. Il existe déjà des anthropologues des réseaux et des organisations, tout comme l’ethnologie applique aussi ses bienfaits à la compréhension des choses quand il s’agit d’apporter des réponses à des populations qui ont leurs codes, leurs rituels et leurs façons de faire. Tout ça c’est comme avec l’e-business, quand des projets cherchent à tordre le business pour le faire rentrer dans la boîte le catalogue des features, pour s’étonner après de ne plus retrouver valeur et différentiation.
Au fond, il y a aussi autre chose dans l’histoire de Stack Overflow, quelque chose que nous ont déjà démontrés Facebook ou MySpace. Comme cela est fort justement dit, le design et le sens donné aux services, autrement dit la proposition d’usages, raisonne avec nos codes d’appartenance culturels et sociaux.
Il y a un peu plus d’un an, on pouvait lire ceci dans un article de Dominique Cardon à propos d’une enquête du PEW sur les aspects socio-ethniques des réseaux sociaux et notamment de Facebook et de MySpace aux USA :
Position sociale et jugement de goûts sont très étroitement articulés dans l’attrait qu’exercent telle ou telle type de plateforme sur les usagers. Les jeunes américains interviewés par danah boyd (notamment ceux qui “passent” de MySpace à Facebook) opposent le style épuré, intégré et “bon élève” de Facebook à l’esthétique glitzy, bling ou fly de Myspace (couleurs criardes, tape-à-l’œil, frime, etc.)
Une illustration de plus, s’il en était besoin, de se dire qu’une interface demande bien plus que de l’ergonomie et du beau. Elle demande d’être alignée sur les enjeux culturels, sociaux et sociétaux des publics concernés.

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