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August 13, 2010

« Lire d’une toute autre manière »…

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lza@emakina.fr

…ou comment raconter des histoires…

J’ai récemment lu sur InternetActu l’explication, d’un article de Kevin Kelly portant sur la manière dont les supports digitaux modifient notre manière de lire.

Outre le rappel intéressant de l’économie des écrits et des conséquences que celle-ci a pu avoir sur le type de formats et le type d’écrits accessibles au plus grand nombre, j’ai noté 2 points majeurs :

– Nous sommes devenus le peuple de l’écran : si « plus de 4, 5 milliards d’écrans numériques illuminent nos vies », ils modifient également notre manière de lire. Cette activité de lecture mobilise en effet des compétences nouvelles : lire un texte, lire les contenus qui gravitent autour (les liens hypertextes, les images, les photos, les pictogrammes), ce que l’on peut observer avec l’apparition d’infographies de ce type,  présentant un « texte complexe » (mots + schéma et pictos) sur les activités en ligne des internautes.
On peut alors se demander ce à quoi ressemblera demain « apprendre à lire » ? Est-ce que le simple support papier, statique sera suffisant ? L’apprentissage du code formé par l’ensemble de ces signes visuels ne devra-t-il pas être pris en compte ?

La lecture sur écran récompense et nourrit la pensée en temps réel. Si l’auteur qualifie la lecture des livres de « contemplative » et « vérité révélée » (ce que je ne partage pas entièrement compte tenu de l’activité intense que représente la lecture en termes d’images et de références personnelles), en revanche on a bien le sentiment que la lecture sur écran donne accès à plus de choses. Tous les mécanismes d’intertextualité dans les livres, qui nécessitent de connaître les références, peuvent être ici immédiatement révélés. On imagine alors la rapidité avec laquelle le lien sera fait et donc l’ouverture de ces références à un public moins connaisseur et plus large. J’y vois personnellement une sorte de démocratisation de ce « savoir » (plus besoin de connaître tout un courant littéraire pour comprendre le sens d’une formule) mais surtout une forme de socialisation des lecteurs à travers le récit commun et partagé.

Intertextualité et mobilité, ce sont là les deux atouts dont les marques devront se saisir rapidement pour intégrer le quotidien de leurs clients. Plus qu’un produit, les consommateurs sont à la recherche d’expériences, le produit n’étant au final qu’une réponse à un besoin et un témoignage de fidélité à la marque.

A elles donc d’organiser les dispositifs intelligents qui leurs permettront de raconter leur propre histoire : à différents moments, sous des formats adaptés à la situation : mobile, statique, anecdotique, etc. Outre les problématiques de community management qui nécessitent un travail évident de réflexion stratégique en amont et non une simple manipulation des différents outils permettant de s’inscrire au sein du web social, les marques doivent imaginer la manière dont elles prennent pied dans ces écrans et dans la vie de leurs clients. Les dispositifs qu’elles mettront en place vont devenir tout aussi importants que les messages qu’elles vont émettre à travers leurs codes.

Dorothée

Oui, il convient d’envisager non plus une lecture linéaire mais hypertextuelle, en ce qu’ellle génère une nouvelle forme de conscience collective qui va au delà de la somme des sens disponibles, dans laquelle chaque individu participe à un éveil global.
Je repense à la thèse d’Olivier Ertzscheid qui posait déjà les préceptes des enjeux cognitifs de la littérature hypertextuelle
Borges, et plus récemment, Mark Z. Danielewski qui lançait à mon sens un pavé dans la littérature papier avec La Maison des feuilles.
une approche narrative complexe dans laquelle ne subsisterait que le sens, comme englobant de l’ensemble des informations perçues.

La frontière entre la littérature et l’ensemble des activités créant du sens se rétrécit pour ne former qu’une connaissance globale à la fois universelle et spécialisée qui n’est plus relative à un support ou un moyen d’expression et qui s’étend de façon infinie.
A chacun de trouver son chemin, d’approfondir ou non, mais tout le monde dispose potentiellement d’une véritable bibliothèque de Babel où chaque mot, chaque dessin est associé à des mots clé, un mécanisme associatif similaire à celui du cerveau humain et qui engloberait toute forme et tout type d’informations pour se l’approprier, pour l’ingérer.

La littérature n’est qu’un moyen d’expression au même titre qu’une image, une photo, un dessin, qu’une vidéo qui une fois rassemblés créént un sens nouveau. L’écran n’en est que le nouveau vecteur fédérant en lui-même tous les autres.
le concept de vérité révélée est à mon sens mal interprété,
il s’agit plutôt de considérer le lecteur d’un livre lambda comme un spectateur, inactif et impuissant quant au déroulement des faits.
Les enjeux de la littérature hypertextuelle sont de faire de lui un acteur, de lui permettre de participer à l’action, de créer lui même le lien et surtout le sens. De susciter ce que Olivier Ertzscheid appelle un acte Auctorial, ou la possibilité d’avoir un récit tel que Borges l’aurait rêvé … infini. faisant appel à de multiples références et dont la lecture est en adéquation avec le cheminement associatif de la pensée humaine, basé sur le ressenti, le vécu et l’expérience du lecteur.

Le lecteur, s’approprie un univers sensoriel, interagit, il est en immersion et maîtrise son propre parcours, ce qui potentiellement engendre un nombre d’expériences uniques, co-existantes et co-extensives infinies.

il convient à mon avis non plus de se focaliser sur un medium, un vecteur d’information ou de redéfinir des frontières, mais de les abolir comme tout mécanisme cognitif d’assimilation, d’envisager un ensemble d’univers sensoriels interconnectés. Nous ne parlons plus ici d’une marque ou d’une image ou d’un positionnement, mais de micro-univers que chacun peut s’approprier pour interagir. Un ensemble global de contenu inter-reliés par mots clés et créant un nouveau sens.

Pour extrapoler le débat, il conviendrait de se demander quelle sera la place et les possibilités d’épanouissement de la conscience individuelle, au sein de ces multiples univers.
A l’heure où nous disposons enfin des technologies rendant le mythe de la conscience collective possible, qu’allons nous en faire ?
faut-il y voir un aboutissement de l’évolution, l’apogée d’une civilisation ? Ou au contraire son renouveau ?
Quelles seront les conséquences pour l’individu. Celui qui ne sait plus ce qu’est la curiosité, à qui on offre tout, sans jamais lui donner l’envie d’approfondir ?
Comment trouver du sens, individuellement noyé dans une masse d’autres sens sans hiérarchie apparente? Existera-t-il des vérités ? laquelle prédominera ?
Comment juger, qui, selon quelle valeur, quel critère ? Est-ce l’émergence d’une conscience chaotique? une accumulation de réseaux non hiérarchisés noyés dans la masse et finalement creux? Comment relier les mots, les images entre eux et leur donner un sens ? une poétique ? une esthétique ? N’est ce pas cela l’apprentissage de la lecture ? Connaître le sens au-delà du mot, l’associer à une idée, un souvenir, un univers ?

C’est aujourd’hui que se définissent ces enjeux à l’échelle non seulement économique et stratégique mais aussi individuelle et collective.

Lauren

Dorothée,
Tu abordes la dimension sociale de la lecture qui apparaît inévitablement dès lors que l’intertextualité se met en place. Cette nouvelle manière de lire pose inévitablement le problème de la globalisation d’une pensée collective, pour ma part, je préfère par nature retenir la liberté qu’elle offre de choisir les liens que le lecteur fera ou non et la construction de relations que le lecteur n’aurait peut être pas faites a priori. Cela dit, les phénomènes d’intertextualité et de « manipulation » du lecteur existaient bien avant Internet, disons qu’ici parce que cliquables, ils se trouvent révélés de manière plus immédiate. En ce qui concerne le libre-arbitre, il va de soit que si « apprendre à lire » doit nécessairement intégrer le fait de décrypter ces liens, ces allusions, ces références, il va devenir nécessaire d’acquérir une sorte d’écologie de la lecture, « Hors du texte, point de salut « comme disait Greimas.