March 13, 2014

Quand Zuckerberg investit, il sait ce qu’il paie

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Manuel Diaz

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Pourquoi WhatsApp vaut-elle autant que SFR, entreprise forte de ses investissements en réseaux? C’est plus l’expérience de l’utilisateur qui a de la valeur, que le produit ou le service vendu. Par Manuel Diaz, Président d’EmakinaFR

Certains évènements récents sont révélateurs de la manière dont le digital transforme les modèles économiques et déplacent la notion de valeur. Ainsi Facebook qui rachète WhatsApp à hauteur de 19 milliards de dollars. Bonne ou mauvaise opération ? Tout dépend du point de vue.

Une valeur subjective

Bien sûr il s’agit d’une somme conséquente, mais en matière d’acquisitions, les choses n’ont d’autres valeurs que celles qu’on leur donne, et la seule limite est celle des fonds dont on dispose. En l’occurrence, la question des fonds n’est pas – aujourd’hui – un problème majeur pour Facebook. Quant à la valeur elle est hautement subjective et dépend du contexte. Par exemple, la valeur d’un ouvre-boite n’est pas la même pour un citadin que pour un naufragé seul sur une île déserte incapable d’ouvrir des boites de conserve sans ce précieux ustensile !

WhatsApp, SFR, deux valorisations proches, des modèles différents

Au même moment, Vivendi annonce qu’il vend SFR. Aucun lien a priori avec le rachat de Facebook. Cependant, on peut s’interroger sur le fait que WhatsApp vaille 19 milliards de dollars et SFR environ 15 milliards d’euros. Des valorisations importantes, relativement proches l’une de l’autre. Mais une valorisation issue de deux modèles de développement différents. D’une part, dans le cas de SFR, un investissement sur plusieurs années dans des actifs physiques et industriels importants. Et d’autre part, dans le cas de WhatsApp une valorisation fondée sur le génie d’une application devenue indispensable pour des millions d’utilisateurs… Dès lors des questions évidentes se posent. Qui détient l’infrastructure nécessaire à l’utilisation de l’autre ? Qui détient des actifs physiques ? Qui a des clients abonnés relativement captifs fournissant des revenus récurrents ?

L’important : l’expérience que retire le client d’un service ou d’un produit

Ainsi à l’heure du digital, les modèles de valeur bougent : ce n’est plus le produit ou le service en lui-même, ni l’investissement nécessaire à sa réalisation qui comptent mais l’expérience qu’en retire le client.

En achetant WhatsApp, Facebook a acheté de l’usage. Ainsi en annonçant l’arrivée prochaine de la voix sur WhatsApp, c’est l’expérience qu’on renforce. Un phénomène déjà observé aux débuts de l’iPhone. Bien sûr, l’appareil était révolutionnaire mais plus par l’expérience qu’il entraînait que par sa sophistication technologique.

La fin d’un “business model” fondé sur la rentabilisation de l’infrastructure

Est-ce pour autant la fin des opérateurs tels que nous les connaissons ? Non mais c’est certainement la fin d’un “business model” fondé sur la rentabilisation de l’infrastructure plus que sur la valorisation de l’expérience. C’est l’infrastructure qui fait fonctionner le système mais c’est l’expérience qui entraine son utilisation. L’essentiel de la valeur d’une entreprise aujourd’hui provient de ses actifs immatériels et les clients qu’on ne tient plus que par l’expérience en sont une partie conséquente.

Aujourd’hui, l’expérience et l’infrastructure sont les deux facettes d’un produit ou d’un service. Mais désormais c’est l’expérience que l’on paye.

 

Article initialement publié sur LaTribune.fr le 13-03-2014

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